Décryptages de l’attentat contre
le consulat ÉTATSUNIEN de Benghazi
 
 

Adib Benchérif
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Dernière mise à jour : 19 septembre 2013

 
     
 

Dans le contexte des protestations et des manifestations contre le film islamophobe Innocence of Muslims, qui ont lieu au Moyen-Orient mais aussi dans l’ensemble des pays musulmans, les attaques contre le consulat des États-Unis à Benghazien Libye attestent d’une singularité qu’il convient de préciser et d’analyser.

En effet, contrairement aux autres pays où les manifestations ont eu lieu, celle réalisée à Benghazi, semble avoir servi de prétexte à un ou plusieurs groupes armés pour attaquer les locaux américains. L’attaque contre le consulat des États-Unis prend ainsi au commencement la forme d’une manifestation. Cependant, parmi les manifestants se détachent des personnes armées, selon toute vraisemblance des islamistes radicaux. Alors que les informations sont encore contradictoires et partielles sur le déroulement de l’attaque du consulat, l’on sait que suite à des tirs, les assaillants ont pénétré le bâtiment principal et y ont mis le feu. L’attaque a causé les morts de quatre ressortissants américains : l’ambassadeur Chris Stevens, le responsable de la communication Sean Smith et deux autres agents américains.

Si à l’heure actuelle, l’identification des acteurs ayant perpétré cette attaque n’est pas clairement établie, les pistes semblent converger vers des groupes islamistes radicaux appartenant à la mouvance salafiste jihadiste. Les groupes les plus soupçonnés se nomment « Ansar al Charia » et « les Brigades du cheikh emprisonné Omar Abdul Rahman ».

Une réponse à l’appel du chef d’Al-Qaïda
Dans une vidéo diffusée en ligne le 10 septembre 2012, la veille de l’attaque du consulat, le chef d’Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, a annoncé officiellement la mort d’Abou Yahia Al-Libi. Ce dernier, d’origine libyenne, tué plus tôt dans l’année au cours du mois du juin, était le numéro deux de l’organisation depuis la mort d’Oussama Ben Laden. Al-Zawahiri, a, par la même occasion dans ce communiqué,appelé tous les musulmans, et en particulier les Libyens à venger sa mort. Les groupes salafistes radicaux libyens ont donc pu en réponse à cet appel réaliser l’attaque contre le consulat de Benghazi. Il ne s’agit donc pas d’une attaque planifiée par l’organisation Al-Qaïda mais plutôt d’un acte de groupes locaux. La direction d’Al-Qaïda centrale a en effet rarement planifié d’attaques au cours des dernières années et a laissé au contraire une liberté opérationnelle aux différents groupes affiliés, notamment par faute de moyens. Ainsi, si l’attentat s’inscrit dans une logique de vengeance d’un des cadres d’Al-Qaïda et au jour du 11ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, il est par contre nécessaire de s’intéresser aux dynamiques des groupes locaux pour reconstituer les faits. L’intention d’attaquer du ou des groupes était au demeurant évidente au vue de l’équipement et de l’utilisation, notamment, de lance-roquettes. L’attaque a donc vraisemblablement nécessité un minimum de préparation de la part de ces groupes. Ils ont aussi probablement bénéficié de certaines fuites d’informations pour mener à bien leur assaut.

« Ansar al Charia » ou « les Brigades du cheikh emprisonné Omar Abdul Rahman » ?
Ces deux groupes sont relativement récents et donc encore assez peu connus. Ils font partie des quelques groupes actifs sévissant depuis quelques mois dans l’Est libyen, en Cyrénaïque. Ils ont émergé pendant l’insurrection contre le régime de Kadhafi et ont pris de la visibilité au cours des derniers mois par des attaques perpétrées contre les locaux des représentations étrangères et des organisations internationales. Leur affiliation à Al-Qaïda n’est pour autant pas clairement établie, même s’ils s’inscrivent aussi dans le salafisme jihadiste. Le groupe Ansar al Charia, littéralement « les partisans de la charia », ont ainsi réalisé plusieurs attaques au cours des dernières semaines tuant, notamment,des représentants de l’État libyen. Ce groupe aurait aussi des liens avec des groupes étrangers. Quant aux Brigades pour la libération du prisonnier Omar Abdul Rahman, elles auraient déjà conduit des attaques contre le consulat américain et contre un convoi britannique en juin. Elles ont aussi revendiqué l’attaque du 22 mai contre les locaux du Comité international de la Croix-Rouge à Benghazi. La dernière attaque réalisée contre le consulat américain peut ainsi avoir été perpétrée par l’un de ces deux groupes. Néanmoins, ces hypothèses s’inscrivent dans un éventail de possibilités, le théâtre libyen étant à présent particulièrement éclaté.

Une mosaïque d’acteurs aux contours incertains
En effet, de nombreux groupes et de milices armés se sont constitués et ont pu bénéficier du déferlement d’armes suite à l’effondrement du régime de Kadhafi. Benghazi est de plus le foyer des groupes jihadistes en Libye. Il est donc difficile d’affirmer avec certitude si l’attaque a été exclusivement la marque d’un groupe en particulier.Il est possible que l’attaque ait été réalisée par une collusion d’acteurs dans le cadre d’une alliance temporaire. Le vice-ambassadeur de la Libye à Londres, Ahmad Jibril, va jusqu’à avancer que ces groupes ont bénéficié d’une aide extérieure. Par ailleurs, demeurent des soupçons quant à une certaine relation entre ces groupes et des éléments du Comité suprême de sécurité libyen. Néanmoins, l’attaque du consulat et l’incapacité des forces de sécurité libyennes à la prévenir attestent des difficultés qui attendent le premier ministre Mustafa Abu Shagur, élu par le Congrès général national libyen, pour pacifier le pays.

 
     
   
 
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