Définitions du terrorisme : analyse et discussion

 
   
 
Élisabeth Campos
2006

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ÉLÉMENTS CONVENTIONNELS DES DÉFINITIONS DU TERRORISME
Terreur
i. violence (enlèvement, meurtre, blessures, dangers physiques divers)
ii. menace de violence
iii. apparence de violence (canulars/hoaxes)
iv. violence indirecte (paralysie de réseaux électriques, communication, eau potable)
v. sabotage (incluant « cyber-sabotage » : destruction physique via manipulation informatique)

Destruction
i. de vie humaine
ii. de propriété
iii. d'information (cyber-terrorisme : dommage à la propriété virtuelle)

Légalité/moralité
i. violence « illégitime » (concept visant à établir une distinction avec des groupes de résistance, freedom fighters et autres)
ii. moyens criminels
iii. interférence illégale ou criminelle avec la propriété d'autrui
Relation avec l'État
i. groupe étatique (dont les membres sont des agents de l'État en fonction)
ii. groupe financé ou autrement encouragé par l'État
iii. groupe aligné à l'État (vigilantes, extrême droite)
iv. groupe anti-étatique
   (1) groupe local/intérieur
   (2) groupe supporté, financé, encouragé, dirigé par un autre État
v. groupe criminel (crime organisé tentant d'influencer l'État)
vi. groupe sans relation avec l'État
   (1) groupe à cause spécifique visant d'autres groupes (par exemple, industrie)
   (2) groupe parallèle (conflit « importé » : terroristes et cibles immigrants)
Asymétrie
i. important différentiel de puissance entre le groupe/individu et la cible
ii. le terrorisme n'attaque pas de front, ne fait pas face aux forces armées (ce qui le distingue d'une guérilla)
iii. le terrorisme s'attaque aux cibles « molles » (soft targets)
Objectif(s)
i. radicaux, impliquant une transformation profonde
ii. périphériques, d'intérêt spécifique
iii. abstraits ou superstitieux mais rationnels (par exemple, religieux)
iv. irrationnels (absence de logique interne)

Cible
i. cible immédiate : civils ou « non-combattants »; « innocents »
ii. cible ultime : différente et elle-même hors de danger physique (parce que trop bien protégée, trop quantitativement importante ou difficile à identifier clairement), coupables ou blâmables
   (1) généralement, l'administration politique du pays
   (2) corporation ou secteur industriel ou scientifique
   (3) individus détenant un pouvoir

Organisation
i. cellule organisée
ii. faisant partie d'un mouvement plus ou moins organisé
iii. s'il s'agit d'un individu, il est considéré comme un mercenaire à la solde d'un groupe organisé

Communication
i. « propagande par l'action »
   (1) souligner un message à travers l'exemple
   (2) se faire comprendre/accepter
   (3) passer un message à d'autres groupes ou sympathisants ou recrues éventuelles
ii. porter une cause à l'attention du public
   (1) pour que le public fasse pression auprès du gouvernement
   (2) pour que le public change son attitude ou comportement
   (3) pour déclencher un mouvement de masse

Introduction

La question de la définition du mot terrorisme occupe les

esprits depuis plusieurs dizaines d’années sans qu’un consensus se dessine sur le sujet. Ce n’est pas que le terme n’ait pas été défini – il existe en effet plus d’une centaine de définitions ( Selon le site de l’Association Internet pour la promotion des droits de l’homme, il existerait, dans les seuls pays anglo-saxons, 212 définitions dont 72 utilisées officiellement) - mais aucune ne fait l’unanimité. Pourtant le mot est employé régulièrement dans le langage quotidien et dans les médias. Raymond Aron (1955) avait indiqué à propos du mot « révolution » : « Ces querelles de mots, réduites à elles-mêmes, n’ont qu’une signification médiocre mais, bien souvent, la discussion sur le mot révèle le fond du débat. »

Le terrorisme n’échappe pas à ces controverses et polémiques. En fait, comme le constate Merari (1993) avec beaucoup de bon sens, trouver une définition du terrorisme qui fasse consensus n’est pas une fin en soi (sauf pour les linguistes, précis-t-il). L’important est de pouvoir disposer d’une définition, même si elle ne fait pas l’unanimité, qui caractérise ce qui fait la spécificité du terrorisme et permette de le distinguer d’autres types de violences.

Mais l’étude des controverses se révèle souvent utile.Elle nous apporte ici des précisions éclairantes sur les enjeux théoriques et pratiques que les différents groupes d’acteurs engagés (communautés, groupes radicaux, organisations gouvernementales, corps policiers, parlementaires, chercheurs) ont à l’égard de ce phénomène. C’est dans ces visions opposées d’un même phénomène que l’on peut comprendre la difficulté à élaborer une définition du terrorisme, celle-ci relevant plus de controverses idéologiques que de difficultés pratiques en tant que telles.

La définition du mot est ainsi l’objet de plusieurs enjeux (politiques, géostratégiques, juridiques, d’action de la police, etc.), qui expliquent les débats qu’il suscite. Par ailleurs, le terme est lui-même ambivalent car il désigne en même temps une technique de combat, un type d’action politique violente, et porte un jugement moral (Gayraud et Sénat, 2002). Enfin, depuis quelques années, on a pu voir de nouveaux termes apparaître comme « narcoterrorisme », « hyperterrorisme » (Heisbourg, 2003) ou « terrorisme post-moderne » (Laqueur, 2003) qui sont venus s’ajouter aux anciens déjà existants. D’autres auteurs ont pu parler, d’une façon plus générale, de « nouveaux terrorismes » (Cartier, 1997) ou de « phénomène de zone grise » (Raufer, 1992).

Nous résumerons ces enjeux dans une première partie, afin de mettre en exergue les points centraux qui expliquent les controverses affectant le terme, avant d’analyser plus avant les traits spécifiques du terrorisme à travers une analyse des définitions élaborées. Pour des raisons pratiques et de choix, nous nous intéresserons ici plus particulièrement au terrorisme commis par des groupes ou des individus, plutôt que celui commis par des États, dans la mesure où les tendances actuelles du terrorisme montrent que ce type de terrorisme est majoritaire actuellement. C’est celui-ci également qui est principalement visé dans l’usage courant qui est fait du terme.

Contenu

A. Contexte historique et légal
B. Types de définitions
C. Traits spécifiques des définitions

Également à consulter

1. les définitions
2. les descripteurs
3. les groupes

Conclusion

Il résulte de cette discussion que les principaux traits du terrorisme moderne sont :

  • l’usage de la violence ou la menace de cette violence (meurtres, violences physiques diverses; enlèvements, sabotages; destructions de biens matériels);
  • commise par des entités non étatiques, d’une taille et d’une composition géographique et ethnique diverses;
  • à des fins politiques, religieuses, sociales, culturelles ou économiques;
  • dans le but d’instaurer un climat de peur ou de terreur (généralement par des actes violents répétés et prémédités) de façon à miner le moral et la résistance de l’adversaire;
  • en ciblant des victimes civiles, ou non-combattantes (cibles directes), afin d’exercer une pression sur les cibles indirectes (propagande par l’action), qui détiennent le pouvoir de décision dans un pays ou sur un territoire (généralement l’administration et le pouvoir exécutif d’un État ou d’une ethnie mais aussi des corporations ou des secteurs industriels ou économiques)
  • et ce dans le but ultime d’obtenir, par l’intimidation, des décisionnaires ou autorités détenant le pouvoir, un avantage, un bien ou un territoire, soit pour déstabiliser ou renverser l’autorité en question.

Dans ces éléments de définition, nous nous sommes intéressés plus particulièrement au terrorisme commis par des groupes, ou des individus isolés, contre des États ou des communautés ethniques ou religieuses, ce que Chaliand et Blin (2004) nomment le « terrorisme d’en bas », plutôt qu’au terrorisme d’État. En effet, le concept de terrorisme, dans son usage moderne, est plus largement associé à des actions violentes, commises par des individus ou des groupes plutôt que par des États; ces actions se produisant plutôt en temps de paix qu’au cours d’une guerre conventionnelle (Merari, 2004). En cas de terrorisme commis par des États, ceux-ci forment, soutiennent ou utilisent des petits groupes clandestins afin qu’ils commettent des attentats au sein d’autres États sur lesquels on entend faire pression indirectement (c'est-à-dire sans affrontement militaire direct). Les effets (instaurer un climat de peur par la violence et en ciblant une population civile ou non combattante) et le résultat recherché (obtenir un avantage de l’État rival) sot souvent identiques à ceux d’autres types de terrorisme.

Comme nous l’avons indiqué précédemment, compte tenu de la densité de la littérature sur le sujet, nous n’avons pas la prétention d’être exhaustif sur le sujet. Plutôt que de survoler l’ensemble des éléments conventionnels du terrorisme, nous nous sommes concentrés sur ceux qui nous semblaient le mieux à même de caractériser le terrorisme, instrument de combat, et de le différencier d’autres formes de violence politique ou autre. Le sujet est cependant loin d’être clos, comme l’avaient déjà constaté Schmid et Jongman en 1988

 
   
   
   
   
     
 

Références non-électroniques

  • Aron, Raymond (1955) : L’opium des intellectuels, Éditions Calman-Lévy, Paris.
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  • Chaliand, Gérard et Blin, Arnaud (2004) : Histoire du terrorisme. De l’Antiquité à Al Quaida, Éditions Bayard, Paris.
  • Cartier, M.E. (1997) : « Europe horizon 2000 : nouvelles menaces, nouveaux terrorismes”, Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique (2) : 208-212.
  • Coady, Tony (2002): “Defining Terrorism”, dans Terrorism: The Philosophical Issues, Primoratz, I. (dir.), p. 1-15, Palgrave, Macmillian: New York.
  • Champion, Françoise. ; Cohen, Martine (1999) : Sectes et démocratie, (dir.), Éditions du Seuil, Paris.
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  • Freedman, Lawrence Z. (1983): Perspectives on Terrorism, Wilmington, Del.: Sholarly Resources.
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  • Heisbourg, François (2003) : Hyperterrorisme : la nouvelle guerre, Éditions Odile Jacob, Paris.
  • Hoffman, Bruce (1999) : La mécanique terroriste, Éditions Calman-Lévy, Paris.
  • Kegley, Jr, Charles W. (2003): The New Global Terrorism. Characteristics, Causes, Controls, (dir.) Practice Hall, Pearson Education, New Jersey.
  • Keppel, Gilles et coll. (2005) : Al-Qaida dans le texte, coll. Proche-Orient, Presses Universitaires de France, Paris.
  • Juergensmeyer, Mark (2003) : Au nom de Dieu, ils tuent ! Éditions Autrement, Paris
  • Langlois, Stéphane (2004) : « Le terrorisme à motivation religieuse au Canada », communication présentée lors du colloque «  Religion, Violence et contrôle social » , au 72 e Congrès de l’Association Francophone pour le Savoir (ACFAS), 12-13 mai 2004.
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  • Laqueur, Walter (1979) : Le terrorisme, Presses Universitaires de France, Paris.
  • Mannoni, Pierre (2004) : Les logiques du terrorisme, coll. Psycho-Polis, In Press Éditions, Paris.
  • Marret, Jean-Louis (2000) : Techniques du terrorisme, Presses Universitaires de France, Paris.
  • Merari, Ariel (2004) : « Du terrorisme comme stratégie d’insurrection », dans Histoire du terrorisme. De l’Antiquité à Al Quaida, Chaliand, G. et Blin, A. (dir.), p. 23-55, Éditions Bayard, Paris.
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  • Robespierre, Maximilien de (1794) : Œuvres, Discours, t. X., p. 357, rapport du 17 pluviôse, 5 février 1794.
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  • Schmid, Alex P..; Jongman, Albert J. et coll. (1988): Political Terrorism. A new guide to actors, authors, concepts, data bases, theories, and litterature, North-Holland Publishing Company, Amsterdam.
  • Sommier, Isabelle (2000): Le terrorisme, Éditions Flammarion, Paris.
  • Stern, Jessica (2003): Terror in the Name of God. Why Religious Militants Kill, Harper Collins, New York, 368 p.
  • Stohl, Michaël (1990): “The Mystery of the New Global Terrorism”, dans The New Global Terrorism. Characteristics, Causes, Controls, Charles W. Kegley, Jr (dir.), p. 36-52, Practice Hall, Pearson Education, New Jersey (édition de 1990; nouvelle edition 2003).
  • Stuye Swieland, Tanguy (2004) : « Le terrorisme dans le spectre de la violence politique »,   Les Cahiers du RMES, 1 er juillet 2004.
  • Walzer, Michael (1999): Guerres justes et injustes, Éditions Belin, Paris.
  • Young, Robert (2004):   «Political Terrorism as a Weapon of the Politically Powerless», dans Terrorism: The Philosophical Issues, Primoratz, I. (dir.), Palgrave, Macmillian: New York.
 
     
     
   
 
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