Les effets de la crise en Libye sur le trafic d'armes légères et lourdes
dans la région du Maghreb-Sahel
 
 
Yassine Boukhedouni
2012

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Problématique du trafic d’armes dans la région du Maghreb-Sahel

La révolution armée du peuple libyen contre le règne dictatorial de Mouammar Kadhafi et la disparition de ce dernier ont causé non seulement la déstabilisation de ce pays maghrébin mais aussi l’aggravation des problèmes sécuritaires de toute la région du Maghreb-Sahel .  En effet, la fin de cette rébellion armée soutenue par les forces de l’OTAN et appuyée diplomatiquement par le Conseil de sécurité des Nations Unies a eu des répercussions graves sur la paix et la sécurité à l’intérieure de la Libye. Or, les combats entre les différentes milices armées qui ont fait la révolution contre l’Ex-« Guide » libyen ainsi que les affrontements entre ces dernières et des armés issus de tribus connus par leur soutien à l’ancien pouvoir ont causé la mort de centaines de Libyens (Boukhedouni, 2012).

 
 

Les conséquences de cette guerre dépassent les frontières de la Libye. En effet, le retour des hommes armés ayant combattu dans les rangs de Kadhafi dans leurs pays d’origine, notamment au Mali et au Niger, ainsi que la facilité avec laquelle les arsenaux de l’Ex chef d’État libyen se transfèrent entre les frontières des pays de la région du Maghreb-Sahel, constituent désormais un vrai casse-tête pour les autorités politiques de ces pays. C’est ce deuxième volet des répercussions de la crise libyenne qui fera l’objet du présent travail.

Toutefois, ces armes ne proviennent pas exclusivement des arsenaux libyens. Des combattants maliens et des combattants libyens d’origine malienne seraient en possession d’armes parachutées par des avions français lors des combats dans l’ouest de la Libye, sans que l’on en connaisse ni la quantité ni la nature. Sur ce dernier point les déclarations se différencient : tandis que le porte-parole de l’état-major français parle d’armes légères pouvant être facilement maniées par des civils pour assurer leur protection, le quotidien français  Le Figaro évoque lui de lance-roquettes, fusils d’assaut, mitrailleuses et missiles antichar Milan (Le Figaro, 28 juin 2011).

De ce qui précède, notre tâche principale consiste en la collecte de données et d’informations, analyser et cartographier le réseau de trafic d’armes légères et lourdes - issues de l’arsenal du Kadhafi - dans la région du Maghreb-Sahel et faire le lien entre ce réseau de trafic d’armes et les groupes terroristes dans cette zone notamment Al-Qaida au Maghreb Islamique, AQMI. Rappelons que ce phénomène s’est accentué depuis le début de la crise libyenne et surtout après la chute de Kadhafi  le 20 octobre 2011. Autrement dit, notre travail s’est centré, d’un côté sur les réseaux de trafic et de transfert d'armes lourdes et légères, aux États du Maghreb et du Sahel; et de l’autre côté  sur l'identification des liens existants entre ce trafic et les nombreux groupes terroristes œuvrant dans la région d'Afrique du Nord et la zone sahélo-saharienne. Les conséquences de ces activités illégitimes sur les pays de la région seront abordées en prenant le cas malien comme exemple.
  • Rappel historique

La crise libyenne, avec ses conséquences géostratégiques et sécuritaires, a commencé avec les manifestations pacifiques de civils libyens le 15 février 2011 dans la ville de Benghazi à l’Est de la Libye (Voire carte 3). Des manifestations qui se sont vite transformées en conflit interne après la répression violente exercée par les forces du gouvernement contre les manifestants. Après plusieurs initiatives diplomatiques menées par l’Organisation des Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et la Ligue des États arabes qui ont échoué à mettre fin à la crise, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté les résolutions 1970 (2011) et 1973 (2011), qui autorisent de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour la protection de la population civile (Rapport des nations Unies, 2012 : 1). Plusieurs mois après, durant lesquels des affrontements militaires intenses entre les forces du régime et la rébellion armées ont eu lieu, le règne autoritaire de Kadhafi s’est effondré dans la violence avec le meurtre et le lynchage du Guide, à Syrte, le 20 octobre 2011.

  • Les effets de la crise en Libye sur les pays voisins : le trafic illégal d’armes    

Les victimes de ce conflit ne sont pas exclusivement libyennes. Déjà à l’époque de Kadhafi, les pays maghrébins et sahéliens voisins devaient toujours faire face au soutien que le despote apportait aux rébellions armées au Niger, Tchad et aux mouvements indépendantistes au Mali jusqu’au Soudan (Jeune Afrique via AFP, 2012). Dans le même ordre d’idées, les effets de la crise libyenne post-Kadhafi se sont fait sentir surtout dans des pays voisins comme l’Algérie, l’Égypte, la Tunisie, la Mauritanie, le Tchad, le Niger et le Mali (Le rapport de l’Onu, 2012 : 2).

En plus de devoir faire face à l’afflux de centaines de milliers de réfugiés traumatisés et démunis (Gbangou, 2012), les gouvernements de ces pays doivent dorénavant faire face à un problème plus grave qui est l’arrivée d’un nombre immense d’armes sophistiquées et de munitions provenant de l’arsenal libyen et qui tombent entre les mains des différents groupes terroristes actifs dans cette région.

Selon le rapport S/2012/42 de l’ONU, publié le 18 janvier 2012, le conflit armé en Libye a permis à des groupes violents au Sahara, tels que Boko Haram  et AQMI, d’accéder à de vastes caches d’armes. Les armes évoquées par le rapport onusien sont des lance-grenades, des mitrailleuses avec visée anti-aérienne, des fusils automatiques, des munitions, des grenades, des explosifs, ainsi que l’artillerie légère anti-aérienne montée sur véhicule (Le rapport de l’ONU, 2012).

En octobre 2011, d’après un haut gradé militaire de l’OTAN, l’amiral Giampaolo Di Paola  (président du comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’alliance atlantique) la trace d’au moins 10 000 missiles sol-air a été perdue en Libye post-conflit (Der Spiegel). Un mois avant, le président mauritanien était allé plus loin en déclarant dans une interview accordée à la chaine de télévision France24 que d’importantes quantités d’armes libyennes ont été récupérées par les membres d’AQMI (Ftouh, 2012).

De son côté, Human Rights Watch (HRW) a constaté, après la fin du conflit libyen, la présence d’un arsenal de dizaines de milliers de tonnes de munitions de fabrications russe et française dormant dans le désert (HRW, 2011).


La dispersion des armes libyennes dans le Maghreb-Sahel
Avant le début de la guerre en Libye, la majorité des armes se transportant illégitimement dans la région du Sahel venait de la Somalie, du Soudan et de l’Égypte par le Tchad pour l’Est ou d’Afrique Occidentale (pour l’Ouest).

Après la fin des guerres au Libéria, en Sierra Léone ou en Côte d’Ivoire, les acteurs non étatiques dans la région du Sahel s’approvisionnaient en armes et munitions auprès des ex-combattants. Dès 2011, c’est la Libye qui est devenue la principale source des armes en circulation dans la région. Les armes prennent désormais le passage d’Erg Merzoug à la frontière entre la Libye et le Niger. Le passage par l’Algérie serait plus difficile, vue l’importance des moyens que cette dernière déploie pour l’interception des convois d’armes (Amari, 2012).

Ainsi, la crise en Libye a exacerbé une situation déjà critique sur le plan de la sécurité dans la région du Maghreb-Sahel. En effet, selon le rapport de la mission onusienne chargée d’évaluer la portée des menaces que la guerre en Libye fait peser sur la région ainsi que les moyens à déployer pour y faire face, un grand nombre d’armes et de munitions provenant des stocks libyens sont rentrées clandestinement dans la région malgré les mesures strictes prises pour contrôler les frontières de ses États avec la Libye. Des experts internationaux estiment que des roquettes, des mitrailleuses équipées de viseur antiaérien, des fusils mitrailleurs, des munitions, des grenades, des explosifs (Semtex) et des pièces d’artillerie antiaérienne légère (calibre légers bitubes) montées sur véhicules ; sont en dispersion au Sahel. Ils vont trop loin jusqu’en n’excluant pas que des armes plus sophistiquées comme des missiles sol-air ou des systèmes antiaériens portables, puissent être transférés dans cette région (Le rapport de l’Onu, 2012 : 11).

Dans le même ordre d’idées, il y aurait 80 000 Kalachnikovs en circulation dans la région du Sahel, à des prix variant entre 200 euros (environ 260 dollars) pour les Kalachs sans licence (contrefaçons) et 300 pour le Kalach russe « à une étoile » (Amari, 2012). C’est la région d’Okawan, à près de 100 km au Nord-ouest de Gao dans le désert non contrôlé du Mali qui est devenue l’un des nouveaux centres d’approvisionnement en armes, lourdes et légères et cela depuis la chute du régime en Libye (Amari, 2012).

Pour les autorités sécuritaires des pays de la région du Sahel, les inquiétudes les plus vives concernent les explosifs et les armes légères et de petit calibre. Le danger tient au fait que la Libye compte quelque 800 000 à 1 000 000 d’armes légères réparties sur l’ensemble du territoire. Or, l’un des chefs d’AQMI, le groupe terroriste le plus dangereux dans la région, Moukhtar Belmokhtar, a déclaré que de nombreuses armes libyennes étaient tombées entre les mains de membres de son organisation (Rouppert, 2012 : 16). Selon les sources de l’hebdomadaire panafricain le Jeune Afrique, les terroristes d’AQMI se auraient procuré des missiles sol-air SAM-7 en provenance de la Libye.  Cette arme de petite taille, d’une portée de 5 km peut être maniée par un seul homme et transportée dans un pick-up (Meunier, 2011).

Les experts de la mission onusienne dans la région estiment que ces armes ont en partie été introduites par les rapatriés, notamment les ex-combattants, qui étaient soldats de l’armée de Kadhafi ou mercenaires pendant la guerre en Libye. Le Mali à lui seul compte plus de 800 Touaregs rentrés de Libye, armés, entrainés et bien décidés à arracher leur indépendance du Mali. D’autres experts argumentent que ces armes ont probablement été cachées dans le désert et pourraient être vendues aux membres des groupes terroristes dans la région ; d’où l’augmentation du trafic d’armes des pays d’Afrique de l’Ouest (Le rapport de l’Onu, 2012 : 11).

Le Sahel incontrôlable
Allant de la Mauritanie au Soudan en passant par le Mali, l’Algérie, le Niger et le Tchad, la région du Sahel est trop vaste pour que ces pays puissent la contrôler (Voire carte 3). Cependant, la question du transfert d’armes dans cette zone constitue une telle menace pour la sécurité des États Sahélo-Sahariens qu’elle est devenue la priorité sécuritaire numéro un. Plusieurs opérations ont été menées par les services de sécurité des pays de la région. Par exemple, début novembre 2011, lors d’un accrochage avec un groupe de Touareg maliens armés revenant de la Libye dans la région d’Arlit (Sahara, au nord du Niger), l’armée nigérienne a intercepté une importante quantité de Semtex (645 kilos) et 445 détonateurs. Six véhicules Toyota ainsi que deux mitrailleuses de 14,5 mm, quatre mitrailleuses de 12,7 mm, deux mitrailleuses ML49, trois mitrailleuses M80, 36 fusils d’assaut, trois roquettes RPG-7 et 11 000 munitions de différents calibres furent également saisis (Massalaatchi, 2011).

L’armée algérienne, quant à elle, est intervenue le 9 novembre 2011 dans la région d’Illizi (Sud-Est algérien près des frontières malienne et nigérienne). Lors de cette opération, les forces armées algériennes ont intercepté un convoi composé de dix 4×4 avec à leur bord une trentaine de personnes arrivant de Libye. Les armes saisies se composent de fusils d’assaut de type Kalachnikov, de lance-roquettes RPG7 antichars et de munitions en grande quantité (Omar, Algérie1, 13 novembre 2011).
Juste pendant l’année 2011, l’armée algérienne a arrêté 214 personnes accusées de contrebande d’armes dans le sud et le Sud-Est de sa frontière. Elle a également réussi à démonter 10 gangs spécialisés dans le trafic d’armes et d’explosifs. Au cours des opérations réussies de l’armée algérienne, elle a saisi 1500 armes et des quantités importantes de munitions (Amari, 2012).

Début 2012, le 4 janvier 2012, les forces armées algériennes sont intervenues une nouvelle fois dans les environs des frontières algéro-nigériennes. Le convoi intercepté était composé de quatre véhicules tout terrain contenant 71 armes de guerre de type PM AK, 38 fusils mitrailleurs, deux lance-roquettes de type RPG-7, quatre mitrailleuses 14.5mm, cinq fusils à lunettes ainsi que 16 fusils mitrailleurs, huit PM AK et un RPG-7 calcinés. Des munitions de divers calibres ont également été récupérés lors de cette opération (AFP, le : 4 janvier 2012). 

Un mois après cette interception, les services de sécurité algériens ont découvert un arsenal de guerre provenant de la Libye enterré dans le sable de la région désertique d’In Amenas dans le Sud-est de l’Algérie, près de la frontière libyenne. On y comptait 15 missiles antiaériens portables SA-24 et 28 missiles sol-air SAM-7 de fabrication russe capable d’abattre des avions en plein vol ainsi qu’une grande quantité de munitions (AFP, 20 février 2012).

Plus au nord, dans le désert de Tataouine, au sud de la Tunisie, l’aviation tunisienne a détruit sept camions d’un convoi de neuf transportant des armes venant de Libye et destinées à l’Algérie. Les neuf véhicules pourchassés étaient équipés de batteries anti-aériennes (Chennoufi, 2012).  L’opération ne fit que confirmer les inquiétudes des États de la région au sujet de la liaison qu’entretiennent les groupes terroristes œuvrant dans la région du Maghreb-Sahel, surtout l’Algérie.


Les bénéficiaires de la dispersion d’armes au Sahel
On a assisté, dans la période suivant la chute du régime de Kadhafi, à une prolifération de groupes terroristes dans cette zone du Sahel. On craint dorénavant que des liens se soient tissés entre la fameuse AQMI et Boko Haram au Nigéria, depuis que des membres de cette dernière ont été formés dans les camps de l’AQMI au nord Mali pendant l’été 2011.

La question des transferts d’armes libyennes vers ces groupes terroristes est au cœur des préoccupations des pouvoirs en place au Sahel. Dès le début du conflit libyen, les États voisins commençaient à sentir le degré très élevé du danger de cette crise sur la sécurité de leur pays. Or, dans une interview accordée à Jeune Afrique dans son édition du 27 mars 2011, le président tchadien Idriss Deby affirme que terroristes d’AQMI ont profité du pillage des arsenaux en zone rebelle pour s’approvisionner en armes, y compris des missiles sol-air (RFI, 28 mars 2011). Le Nord Mali, le Sud-Est d’Algérie et le Tchad étant les premières destinations de ces armes. De son côté,  le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), plusieurs États affirment que les armes libyennes, transitant par le Sahel, ont été récupérées par des groupes terroristes exerçant dans cette région et associés aux rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Missiles, lance-roquettes et Manpads se trouveraient notamment au Mali et au Tchad.
Or, bien que les pays concernés par le trafic d’armes dans la région aient réussi plusieurs opérations d’interception d’armes, il est fort probable que plusieurs cargaisons soient parvenues à leurs destinataires. D’où la nécessité d’une vraie large coopération entre les services de sécurité des différents pays touchés par la menace afin de mettre fin au trafic illégal d’armes.


Les conséquences de la dispersion d’armes sur les pays de la région :
le cas du Mali

La chute de Kadhafi et le chaos qui a suivi ont entrainé la prolifération des armes d’un pays surarmé comme la Libye dans toute la région du Sahel (Hart, Slate Afrique, 2012). Des pays comme l’Algérie, le Niger et surtout le Mali se considèrent  comme les premières victimes du conflit libyen. En effet, retournés par centaines dans leur région au Niger et au nord du Mali, armés et bien entrainés, les combattants Touaregs qui avaient lutté dans les rangs du colonel Kadhafi contre les révolutionnaires libyens soutenus par l’OTAN ont aggravé la situation déjà critique d’un pays comme le Mali. En effet, à peine chez eux les rebelles Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ont déclenché une nouvelle insurrection contre le pouvoir central de Bamako. Le retour des combattants a permis le lancement par les rebelles d’une série d’opérations militaires au Nord du pays contre l’armée malienne mal équipée et mal entrainée. Cette insurrection a pris fin le 6 avril 2012 avec la proclamation de l’indépendance de l’État de l’Azawad3 (les régions de Kidal, Tombouctou et de Gao; voir carte 4). Sous prétexte de devoir faire face à ces nouveaux défis, les militaires maliens décidèrent de renverser le président jugé incapable de gérer la nouvelle situation sécuritaire dans la moitié nord du pays.

 
     L'Azawad et zone d'influence d'AQMI

Le lourd défi de la sécurisation du Maghreb-Sahel
Pour mener à bien la lutte contre le trafic d’armes au Sahel, ses États ont lancé un certain nombre de programmes et d’initiatives pour sécuriser leurs frontières. En fait les mesures de sécurisation et les programmes de lutte contre le terrorisme et le trafic d’armes se sont multipliés, au niveau national ou régional. Toutefois, le degré de protection et de contrôle des frontières se différencie d’un pays à l’autre.

  • Initiatives nationales des pays concernés 

Les services de sécurité d’Algérie, du Mali, du Niger et de la Mauritanie ont établi une liste de 26 trafiquants d’armes libyennes et ont lancé des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre ; ils seraient originaires des pays du champ mais aussi des pays voisins comme le Tchad, le Nigeria, le Sénégal, le Burkina-Faso et bien sûr la Libye. Parmi eux, deux figures connues d’AQMI, Yahia Djouadi qui est responsable de la zone saharienne et Abdelhamid Bouzid, son adjoint militaire (Mali Web, 22 octobre 2011). D’après les services de renseignements, ces trafiquants d’armes seraient organisés en trois réseaux : le premier aurait pour destination l’Algérie, le deuxième directement lié à l’AQMI et le dernier serait celui des mercenaires tchadiens et libyens (Le Matin, 7 octobre 2011). 

Les États du Sahel agissent individuellement. En Algérie, les ministères de la Défense et de l’Intérieur ont mis sur pied une cellule avec mission de suivre ces trafics d’armes et notamment d’élaborer une base de données sur la nature et la quantité d’armes ayant arrivées entre les mains d’AQMI et d’autres groupes criminels (Magharebia, 17 octobre 2011).

Le Mali quant à lui, a opté pour une nouvelle approche ou de désarmer en douceur, ce qui signifie le rachat des armes des militaires maliens qui étaient dans les rangs de Kadhafi en Libye. Pour cette fin, il a établi une structure dans le nord du pays qui a comme mission de centraliser ces actions pour permettre d’éviter une dispersion dans les mains des indépendantistes ce qui ne serait pas le cas. On a vu comment les rebelles Touaregs armés jusqu’aux dents ont réussi leurs rébellion et déclarer leur indépendance unilatérale.

C’est ce qui a poussé le président nigérien récemment élu à prendre soin de s’attacher aux Touaregs nigériens, eux aussi rentrés par milliers, bien armés et entrainés, en nommant l’un de leurs chefs Touaregs comme chef de gouvernement pour éviter une nouvelle révolte (Hugeux et Thiolay, L’express, 20 octobre 2011).

Les Mauritaniens ont dû mobiliser les unités de lutte anti-terroriste, les Groupes spéciaux d’intervention (GSI), qui se relient tous les trois mois dans la zone interdite de 800 km sur 200 km en plein Sahara. Ces unités spéciales de l’armée mauritanienne adoptent le monde de vie des terroristes d’AQMI. Ils n’ont pas besoin de monter de campement et ne se ravitaillent que rarement. Leurs déplacements se font selon les renseignements qui leur sont transmis (Rouppert, 2011 : 20).

Tous ces efforts déployés par les États de la région du Sahel (Algérie, Mali, Niger et Mauritanie) dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée notamment le trafic d’armes sophistiquées a apporté ses fruits. Toutefois, la détérioration de la sécurité dans la région et le problème de circulation des armes constitue un danger pour la région toute entière, ce qui nécessite aux pays concernés d’intensifier la coordination et la coopération régionales et multiplier les efforts pour sécuriser leurs frontières terrestres communes.

  • Initiatives régionales

La détérioration de la sécurité dans la région et le problème de la circulation d’armes ont fait l’objet de plusieurs réunions de plus haut niveau entre les ministres responsables des pays du Maghreb-Sahel impliqués dans le combat contre le terrorisme. C’est dans ce cadre que la conférence ministérielle territoriale sur la sécurité des frontières, s’est tenue à Tripoli en Libye le 12 mars 2012.    

Les efforts doivent désormais se concentrer sur la nécessité d’avoir un point de vue  commun sur les défis sécuritaires dans cette zone, à travers le renforcement des liens et la coopération opérationnels entre la Libye et ses pays voisins, et d’intensifier la coordination au niveau des régions frontalières afin de faire face à ces dangers (APS, 12 mars 2012). L’objectif de cette conférence était d’arriver à un de renforcement  des points de contrôle et de les doter des moyens nécessaires pour un fonctionnement efficace. Éventuellement, la conférence vise à établir des liens de coordination permanente et continue entre les différents pays participants.

Ne pouvant rester sans réaction devant la situation d’insécurité montante au Sahel, les ministres des Affaires étrangères des quatre pays directement impliqués dans la lutte contre le terrorisme et le trafic d’armes, en l’occurrence l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger, se sont réunis au sein du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cémoc)  pour institutionnaliser leur cadre de concertation et de coopération sécuritaire. (Pour le siège du Cemoc, voire carte 7 : Les zones d’opérations privilégiées d’AQMI au Sahel).  L’objet de ce comité est, entre autres, de faire face aux différentes  répercussions pour la région du conflit en Libye avec des armes de guerre qui tombent entre les mains des membres d’Al-Qaïda.

Cémoc, basé à Tamanrasset, au Sud Algérie qui identifie clairement la contribution de chacun de ses États en termes de forces terrestres et aériennes. L’objectif déclaré lors de la réunion de Bamako du 20 mai 2012 de ce programme est de former et mobiliser, dans les 18 prochains mois, des effectifs allant de 25 000 à 75 000 hommes dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale (Liberté, 22 mai 2012). Fin octobre 2011, les États du Cemoc ont enfin annoncé qu’ils avaient réussi à dégager 10 000 soldats (sur les 75 000 prévus) afin de débuter les opérations militaires dans la zone sahélo-saharienne (Rouppert, 2011 : 19). Mais l’Algérie a refusé que le Maroc soit associé à la lutte anti-terroriste dans la région et s’est montrée peu favorable aux coopérations bilatérales développées par les États du Sahel avec la France. En revanche, face à la multiplication des actions de la secte Boko Haram, le Nigeria, un mois après la réunion de Bamako, a intégré l’Unité de fusion et de liaison (UFL) (Benyoub, Liberté, le : 19 décembre 2011).


Conclusion

In fine, pour  lutter contre le trafic d’armes, les pays touchés doivent favoriser la voie de la coopération, la mise en œuvre et le renforcement des programmes et des dispositifs de sécurité déjà existants, notamment avec le nouveau pouvoir en Libye ; améliorer la gestion des effets de la crise dans cette dernière en étendant la coopération régionale à tous les pays plus au moins touchés dans la région. Aussi, renforcer le contrôle des frontières en consolidant les capacités et les moyens logistiques des pays concernés doit constituer l’une des priorités des autorités en place.  La mission de l’ONU dans la région, quant à elle, a incité à un fort degré d’échange d’informations en matière de sécurité, surtout les saisies d’armes, au moyen des systèmes existants d’échange d’informations comme le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme, l’Unité de fusion et de liaison, le Bureau central d’INTERPOL, la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme et le groupe d’Experts des Nations Unis sur la Libye. N’étant pas suffisant pour régler définitivement le problème de la sécurité dans la région, le volet sécuritaire et opérationnel doit être complété par un autre, un vaste programme socioéconomique cette fois-ci. Or, considérée parmi les plus pauvres de la planète, cette zone devrait être aidée par les différents programmes de l’ONU et de l’Union Africaine pour éviter la région une crise alimentaire déjà annoncée. En effet, L’insécurité alimentaire et la malnutrition sont récurrentes dans la région avec plus de 16 millions de personnes directement menacées cette année. Or,  une aide apportée aux populations du Sahel empêcherait ces dernières de faire recours aux trafics divers, y compris ce des armes.

Bibliographie
Rapports et publications officiels

  • Conseil de sécurité, 2012, Rapport de la mission d’évaluation des incidences de la crise libyenne sur la région du Sahel : S/2012/42, New York.
  • Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et Sécurité, 2011, Acquisitions d’armes par les acteurs non étatiques : pour une régulation plus stricte?, Bruxelles.
  • Bérangère, ROUPPERT, Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et Sécurité, 2012, Monitoring de la stabilité régionale dans le bassin sahélien et Afrique de l’Ouest : Algérie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Bruxelles.
  • Humain Rights Watch, 2011, Qaddafi’s Great Arms Bazaar, New York.
  • William, LAWRENCE, 2012, Les défis sécuritaire de l’après Kadhafi, International Crisis Group, Bruxelles.

Articles scientifiques

  • Yempado - Roland, GBANGOU, « Des migrants pris au piège dans la crise socio-militaire libyenne », Sécurité mondiale, N. 56, février-mars 2012.

Articles de journaux

Dans ce travail, le terme Maghreb-Sahel désigne les pays du Maghreb : le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, la Mauritanie et la Libye (voire carte 1). Pour ce qui est de la région du Sahel, ce sont plutôt les États subsahariens au sud du Maghreb. Le Mali, le Niger, le Tchad en arrivant jusqu’aux frontières soudanaises sont ses principaux pays (Voire carte 2). 

 
   
 
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