Agents de guerre bactériologiques
Nature de la menace bioterroriste au Canada

 
     
  B) Description des agents biologiques  
     
 

Pour répondre à la crainte de guerre biologique, les Nations Unies ont mise en place la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques ou à toxines de 1972.  Cette convention signée par 144 pays oblige la majorité des États à renoncer à la production d’armes biologiques et à détruire leurs stocks. Cependant, la menace de détournements militaires des techniques de génie génétique inquiète encore les scientifiques (Bioterrorisme 2005 : 18). Même si les États ont signé la convention de 1972, rien ne prévient des laboratoires secrets financés par des États ou des entreprises privées de créer des programmes de production de virus ou de fabriquer des bactéries résistantes aux antibiotiques ou des gènes à l’intérieur de toxines. De plus on sait maintenant que plus de 50 000 personnes travaillaient à fabriquer des armes biologiques en Russie, pour le programme « Biopreparat ». Depuis les années 90, l’ex-URSS s'est désinvestit de ce programme et de nombreux scientifiques se sont retrouvés sans emploi.

La guerre biologique n’est pas une invention nouvelle mais bien le prolongement de l’histoire des guerres de notre civilisation. Ce qui est nouveau, c’est la sophistication des armes modernes, l’évolution vers des attaques terroristes de masse et la radicalisation des moyens utilisés par les terroristes.

 
     
 

On considère comme agents biologiques, biological warfare (BW) des micros organismes causants des maladies chez l’homme, les animaux, et les plantes allant même jusqu’à la dégradation de matériaux. Préalablement utilisés à des fins militaires, ils agissent par inhalation, ingestion ou injection. Les effets sont lents et on doit parfois attendre quelques jours avant d’apercevoir les premiers symptômes. Certains agents peuvent créer des infections et contaminer d’autres organismes. Il existe plusieurs catégories d’agents : agents bactériens, les agents viraux et les toxines biologiques

Les principaux critères qui guideraient le choix des terroristes seraient probablement dans l’ordre : la toxicité, la facilité de production, de fabrication et de transport, la facilité de dissémination, la facilité d’obtention,  la virulence, la résistance dans l’environnement et la contagiosité. (Lepick et Daguzan, 2003).

L’utilisation terroriste d’un agent biologique peut prendre plusieurs jours à être identifiée, contrairement aux agents chimiques, qui sont souvent rapidement détectables. Une fois infecté, l’organisme connaît une période d’incubation (temps entre l’exposition à l’agent et l’apparition de premiers symptômes). En revanche, les effets d’un agent chimique peuvent se mesurer en minutes et en heures. Avec un agent biologique, le taux de victimes sera plus difficile à déterminer à cause du risque de contamination secondaire et du déplacement des personnes infectées.  L’arme chimique en revanche a des effets directs et produit des effets plus rapidement que les agents biologiques sur le corps humain. Sur ce point de vue, plusieurs auteurs comparent les armes biologiques aux armes nucléaires. Selon Kupperman (1977) (ancien chercheur scientifique de lArm Control and Disarmament Agency, « les agents biologiques et à toxines peuvent rivaliser avec des armes thermonucléaires offrant la possibilité de causer de centaines de milliers de morts » (SCRS, 2000).

a) Les agents bactériens

Pour reprendre la définition de Lachance (2001 :3) utilisée par Blais (2004,46), les agents bactériens sont des « micro-organismes unicellulaires qui ont la capacité de se reproduire et de survivre dans l’environnement (eau, air, sol) et d’affecter les êtres humains. ».  Certains micro-organismes ont la capacité de se transformer en spores (prendre la forme d’une graine) et de survivre ainsi pendant de longues périodes comme l’anthrax (bulletin d’information toxicologique, 2001).

b) Agents viraux

Les agents viraux plus petits sont aussi des micro-organismes parasites intracellulaires qui peuvent seulement se reproduire à l’intérieur des cellules qu’ils parasitent.  L’infection virale détruit les cellules hôtes parasitées.

c)Toxines biologiques

Les toxines biologiques sont des substances toxiques qui proviennent d’un organisme vivant (animaux, plantes, bactéries). Selon Lachance (2001 :3), ils sont plus toxiques que des produits chimiques industriels et sont généralement utilisés pour contaminer des produits alimentaires, des sources d’eau et des personnes ciblées.

d) Rickettsies

Les rickettsies sont des bactéries intracellulaires qui peuvent transmettre des maladies contagieuses.

Les agents biologiques se divisent en trois groupes :

Un groupe d'experts réunis par le Center for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis en 1999 a déterminé que les six micro organismes qui représentent la plus grande menace pour la santé publique étaient la Variola major (variole), la Bacillus anthracis (charbon), la Yersinia pestis (peste), la toxine botulinique (botulisme), la Francisella tularensis (tularémie) et des filovirus/arénavirus (fièvres hémorragiques).

Agents de classe A (Les plus dangereux) :

  • haute priorité
  • facile à produire et à disséminer
  • transmissible de personne à personne
  • létalité importante
  • impact majeur en santé publique
  • panique et perturbation sociale assurées
Agent

Nom

Catégorie

Variole

Variola major

Virus

Peste

Yersina pestis

Bactérie

Fièvres hémorragiques

Lassa, Ebola, Marburg, Junin

Virus

Anthrax (charbon)

Bacillus anthracis

Bactérie

Botulisme

Clostridium botulinum

Toxine

Tularémie

Francisella tularensis

Bactérie

Bulletin d’information toxicologique, hiver 2001, vol 17

Agents de classe B :

  • Faciles à disséminer
  • Morbidité modérée
  • Faible létalité
  • Nécessitent une capacité diagnostique et système de surveillance

Agent

Nom

Catégorie

Fièvre Q

Coxiella burnetti

Bactérie

Encéphalopathie équine

Alphavirus

Virus

ricin

Ricinus communis

Toxine

Enterotoxine B

Staphylocoque B

Toxine

Salmonellose

Salmonella (plusieurs sérotypes)

Bactérie

Shigellose

Shigella (plusieurs sérotypes)

Bactérie

Choléra

Vibrio cholerae

Bactérie

E.Coli

E. Coli, 0 157 H7

Bactérie

Brucellosis

Brucella species

Bactérie

Bulletin d’information toxicologique, hiver 2001, vol 17

Agents de classe C :

  • Agents pouvant être modifiés en laboratoire pour favoriser une dissémination de masse
  • Disponibilité
  • Facilité de production et de dissémination
  • Possibilité de mortalité élevée

Maladies infectieuses émergentes, tuberculose résistante et de nombreux virus tels : hantavirus, virus Nipah,  fièvre jaune, encéphalopathies virales, virus transmit par les tiques.

Il y a trois risques qu’il faut mentionner au sujet du bioterrorisme 

  1. L’identification et le diagnostic des personnes infectées seront complexes. La plupart des effets redoutés des agents se présenteront sous différentes formes (pneumonie, problèmes neurologiques, etc.). Il faudra d’une part, identifier l’agent qui a causé la maladie et d’autre part, faire le lien avec une action criminelle, militaire,  terroriste ou avec un accident de matières dangereuses.
  2. Une fois l’agent biologique identifié, il faut évaluer la sensibilité (virulence) des agents infectieux afin de mieux le combattre (ex : est-ce une bactérie manipulée génétiquement pour résister aux antibiotiques ?)
  3. Certains agents sont très contagieux (comme la peste ou la variole), il faudra mettre en place une stratégie d’isolement des victimes et a fortiori, des patients infectés. (DR. Raoult, 2002).
 
 
 
  Avantages des bactéries pour le terrorisme  
 

Pendant la guerre froide, la course à l’armement a conduit l’U.R.S.S à produire des armes biologiques secrètement pour les utiliser comme outils militaires et comme moyen de pression.  Les agents biologiques étaient un moyen pour dissuader l’adversaire et pour montrer sa supériorité militaire.  Autrement dit, les armes biologiques militarisées étaient tellement redoutées que l’on comparait leur puissance à celle des missiles nucléaires. Les soviétiques croyait beaucoup à l’efficacité des armes biologiques.

  1. Les agents bactériologiques sont invisibles, silencieux et peuvent frapper sans avertissement. Ils n’ont pas de couleur et sont inodores dans la majorité des cas. Ils peuvent être utilisés secrètement.
  2. Contrairement aux agents chimiques,  l’organisme vivant qui a été contaminé connaîtra une période d’incubation indécelable (quelques heures, quelques jours voire des semaines). L’apparition des symptômes sera connue que plusieurs jours après la contamination ce qui réduit les chances d’attraper le malfaiteur. L’agresseur pourra prendre la fuite et de ne pas laisser d’indices, ni de signature, ni de scène de crime. Ce type d’attaque laisse place à la possibilité d’attaque anonyme (un aspect tout particulièrement intéressant si un état est à l’origine de l’opération et qu’il ne souhaite pas être identifier). La période d’incubation comporte un autre aspect décrit par l’OTAN : « la période d’incubation est un inconvénient dans la mesure où l'identification de la maladie est souvent difficile. Beaucoup de maladies présentent, aux premiers stades, des symptômes semblables à ceux de la grippe. Ainsi, les personnes atteintes peuvent continuer à vivre normalement, ce qui entraînerait une vaste contamination en cas de maladie transmissible » (NATO, 2005).
  3. Le rapport coûts/bénéfices de ces armes est très favorable à leur utilisation car leur préparation et leur production sont rentables et disponibles. Les armes conventionnelles (bombes, missiles, roquettes, mines, grenades) sont plus coûteuses pour obtenir les mêmes résultats. Les armes de guerre biologique ont une capacité de destruction élevée. Tout pays qui a une industrie pharmaceutique le moindrement avancée peut produire des agents bactériologiques. Leur utilisation à des fins d’armement est toutefois plus difficile (SCRS, 2000). En comparaison aux développement d’armes nucléaires, les armes biologiques sont relativement peu coûteuse puisqu’elles requièrent moins de ressources.
  4. Les agents biologiques sont indétectables en temps réel, les technologies de détection classique d’identification existantes ne sont pas assez rapides. Il est donc facile de voyager et de passer les frontières avec de petites quantités. Ceci crée un autre problème pour les autorités pour savoir s’il s’agit d’un attentat ou simplement d’une épidémie naturelle. De plus, il est impossible de voir ce qui se passe à l’intérieur d’un laboratoire à l’aide de satellites.
  5. Il est très difficile pour les autorités de surveiller et de savoir si une épidémie est causée par un agent naturel ou d’une attaque bactériologique. Dune part, les bactéries peuvent avoir un effet mortel et peuvent être très létales. D’autre part, les agents sont très contagieux, ce qui peut accroître le nombre de victimes contaminées selon la zone d’impact.
  6. Les agents bactériologiques ont la capacité de provoquer des épidémies. Ils pourraient éventuellement inclure une propagation secondaire de l’agent. Lors de l’incident, le nombre total des victimes sera difficile à déterminer, en raison du risque de propagation secondaire et des déplacements des personnes ayant été exposées à l’agent.
  7. L’arme biologique est aussi un moyen de se battre contre un État ou un ennemi qui détient une supériorité militaire. L’agresseur n’a pas besoin de infrastructures importantes pour fabriquer un laboratoire clandestin. D’autre part, c’est un attrait majeur pour les organisations terroristes qui ne veulent pas attirer l’attention, ni être repéré (Exemple : un petit laboratoire clandestin mobile). Enfin, par manipulation génétique, il est possible de rendre l’agent bactériologique plus résistant, plus virulent, plus durable et difficile à détecter. Pour les agents bactériologiques, il n’est pas nécessaire d’avoir une grande quantité pour représenter une menace, mais il suffit qu’un groupe d’individus possède des agents très pathogènes pour provoquer une catastrophe.
  8. Selon Lepick et Daguzan (2003), les terroristes choisiraient probablement une bactérie ou une toxine à la place d’un virus ou d’une rickettsie. Les infections à la rickettsie peuvent être traitées plus facilement avec des antibiotiques. De leur côté, les virus sont plus difficiles à cultiver et ont plus de difficulté à survivre dans l’organisme hôte. Les bactéries et les toxines sont généralement plus stables, plus toxiques et sont plus faciles à produire.
  9. Comme arme militaire, les agents biologiques ne sont pas efficaces pour répondre à une attaque de manière offensive. En revanche, c’est une arme défensive redoutable qui peu être utilisée comme bombe à retardement lors de guerres de tranchées ou de guerres d’usure (SCRS, 2000
  10. Stratégiquement, les agents tuent les populations et permettent de garder les matériels, les infrastructures et les biens (aucun dommage matériel).  Les dommages ne peuvent toucher que les humains.
  11. L’avantage incontournable des agents biologiques est l’impact psychologique et les conséquences de l’attaque si celle-ci est réussie : le désordre social, politique, économique, la panique sociale, le grand nombre de morts, la panique psychologique, peur du voisin, panique internationale, émeute, pénurie, ralentissement économique, isolement, etc. Les populations seront marquées psychologiquement et la région subira de lourdes pertes économiques (ralentissement des voyages, du tourisme, des activités journalières, réputation, fuite de main d’œuvre, etc). L’attaque engendrerait des effets à long terme. L’incident durerait des jours, des semaines voire même des mois.

Pour obtenir des résultats encore plus efficaces avec des agents biologiques, selon le professeur T. Rosebury, spécialiste américain des armes biologiques, l’arsenal microbien doit suivre plusieurs conditions comme par exemple : 1- avoir une virulence élevée capable d’entraîner rapidement la mort, 2- un pouvoir infectant grâce à de petites quantités de germes pour contaminer, 3- être capable d’envahir l’organisme par toutes les voix de pénétration, 4- contagiosité élevée, 5- résistance aux moyens thérapeutiques, 6- bonne résistance au milieu ambiant, 7-être capable de se protéger contre des vaccins ou des traitements prophylactiques (Bioterrorisme, 2005).

 
 

 

 
 

Désavantages

 
 
  1. L’utilisation d’armes biologiques est difficilement contrôlable. Celle-ci peut se retourner contre l’attaquant et on ne peut pas prévenir tous ses effets. Par exemple, une erreur de manipulation peut se relever mortelle. D’une part, on ne peut pas estimer exactement le nombre de morts ou de blessés. De plus, il est probable que le virus contamine des personnes ou des organismes  vivants innocents au-delà de la zone ciblée.
  2. Les effets et les conséquences sont imprévisibles et incontrôlables. D’autre part, les agents bactériologiques sont fragiles face  aux facteurs météorologiques comme l’hygrométrie, les ultraviolets, la température, la pluie, le vent, la chaleur, les rayons de soleil, etc. Il est préférable de les utiliser dans un espace clos ce qui requiert de bonnes technologies de dissémination et beaucoup de connaissances complexes. Or, à ce jour les techniques de dissémination comme les aérosols ne sont pas assez perfectionnées pour fonctionner correctement.
  3. Il est difficile de militariser les agents bactériologiques car ceux-ci sont sensibles aux explosions et au feu. De plus, les agents biologiques ne peuvent pas être entreposés à long terme (sauf pour le charbon bactérien). Même réfrigérée la majorité a une durée de vie limitée. Selon les experts, la manipulation génétique peut rendre un agent plus robuste et plus résistant face à des antibiotiques mais cette technique les fragilise car ils sont testés seulement dans un environnement de laboratoire c.a.d que les éléments météorologiques ne varient pas.
  4. L’entreposage d’armes biologiques est difficile à long terme sauf pour les spores des bacilles de charbon. Même réfrigérés, la durée de vie des agents biologiques est limitée. Cependant, on ne peut pas écarter la possibilité de rendre des agents plus résistants grâce à la manipulation génétique.
  5. Au combat ces armes ont une valeur limitée.
  6. Les terroristes doivent s’attendrent à une répression sévère suivant les attaques aux agents de guerre biologiques.
  7. La période d’incubation permet aux autorités de préparer des zones de quarantaines, d’essayer de limiter la propagation, de traiter les victimes et de procéder à des vaccinations.

Pour pratiquer le terrorisme biologique, il faut avoir un bagage de connaissances scientifiques. Un minimum de connaissance et de formation avancée est nécessaire pour fabriquer des quantités importantes d’agents biologiques. De plus, il faut que le moment de l'attaque soit bien choisi, car les agents sont vulnérables aux conditions météorologiques. Enfin, il faut concevoir un moyen de dissémination efficace.

 
     
 

C) Dissémination des agents biologiques

 
 

Les agents peuvent être disséminés de plusieurs façons : par voie aérogène (aérosol, pulvérisateur), par voie orale (contamination des réserves alimentaires et de l’eau), par contact dermique (contact avec la peau) ou par injection.  Il existe plusieurs différentes façons de disséminer des agents biologiques, il s’agit de bien la choisir selon les objectifs que l’on veut atteindre.

1-La contamination de l’eau
La contamination de l’eau est très difficile à réaliser dans les grandes villes industrialisées à cause du processus de purification de l’eau conçue pour éliminer les impuretés incluant les pathogènes. La purification de l’eau se fait en quatre étapes, l’eau est pompée à l’aide d’un grillage qui sert de tamisage. Puis, l’eau est filtrée avec du sable de silice dans de grands bassins, ce qui permet d’éliminer 80% des bactéries. Par après, l’eau est traitée avec de l’ozone (gaz contenu dans l’air ambiant) afin d’éliminer l’autre 20% des bactéries. Enfin, pour améliorer la qualité de l’eau, celle-ci passe par un procédé de chloration pour ensuite être distribuée aux contribuables (Usine des Baillets, 2005). 

Cependant, les villes et villages des pays du tiers monde qui n’ont rien pour purifier et traiter leurs réserves d’eau font face à de graves problèmes d’hygiène et de maladies dans leur population. L’eau a toujours été transporteuse de virus et de maladies et pourrait être transporteuse de mort dans ces régions vulnérables dépourvues d’aide.

2- Contamination de la nourriture ou de boissons
Cette méthode est très accessible et continue d’être employée pour de multiples raisons. Elle comprend les toxines, en particulier celles du ricin et de la toxine botulinique. Si ces toxines sont mélangées à des grandes réserves de boissons consommables, les conséquences seront catastrophiques. En 1984, la secte religieuse Rajneesh avait réussi à contaminer des buffets à salades dans une dizaine de restaurants de la région d’Oregon (É-U) avec la fièvre typhoïde (bactérie Salmonella typhimurium). Résultat, il y eut 751 victimes. Les patients furent atteints d’une gastro-entérite. Il n’y avait pas de lien commun à tous les restaurants qui furent touchés (exemple : l’approvisionnement en eau, aliment commun,  fournisseur ou distributeur commun). Le personnel ne semblait pas avoir été exposé à une source commune unique non plus.

3- La dispersion à l’aide d’un engin explosif
Selon Pearson 1998, cette méthode est difficile à utiliser car la détonation de l’engin explosif produit une chaleur et un choc qui pourrait tuer les micro-organisme (Blais, 2002,117).

4- La dissémination par des matières inertes (colis, enveloppe) ou par des insectes
Il est fort probable que cette méthode soit utilisée par les terroristes comme ce qui a déjà été fait  en octobre 2001 avec les colis à l’anthrax aux États-Unis. Des enveloppes contenant de la poudre sèche avaient été envoyées à des employés du gouvernement et des représentants des médias avec une lettre de menace de mort (voir annexe). Il y eu plusieurs personnes diagnostiquées (22), blessés (16) et quelques morts (4). Les autorités ont observé que les spores de charbon se dégagent des lettres pendant le traitement des colis postaux dans les bureaux de poste. Les bureaux de poste et les installations sont devenus contaminés. Plus de 27 000 employés de la poste américaine (United States Postal Services, USPS) ont dû être traités et le coût de la désinfection a atteint 300 millions de dollars, pour deux centres de tri seulement (NATO, 2005 ).D’autre part, il peut aussi y avoir une transmission indirecte via des insectes ou des animaux infectés, comme des puces, des tiques ou des rats.

anthaz
Exemple de colis suspect : lettre contaminée au bacilles de charbon (anthrax), source : FBI/AP

5- La dissémination par aérosol dans un milieu ouvert ou fermé et par aéronef

Il y a plusieurs avantages offensifs à la contamination par inhalation, selon Centre de recherche pour la défense ;

  • les poumons sont une voie de pénétration très efficace
  • les aérosols pénètrent très facilement
  • les aérosols sont difficiles à détecter
  • les infections sont difficiles à diagnostiquer
  • les infections pulmonaires sont plus graves
  • les surdoses massives sont possibles

L’utilisation d’aérosols est fort probable puisqu’ils sont faciles à utiliser et qu’ils projettent les bactéries directement dans l’air. Blais (2002 : 117) mentionne que des pulvérisateurs commerciaux employés par le domaine agriculture sont facilement disponibles sur le marché.  L’utilisation d’aérosols permet de disperser le virus sans attirer l’attention et celle-ci ne donne aucune indication qu’une attaque est en cours. De plus, elle permet de contaminer plusieurs personnes à la fois et ne laisse aucun indice sur la scène de crime. L’agent biologique est facile à introduire clandestinement et il sera plus efficace s’il est pulvérisé en aérosol à basse altitude. Pour cela, il faut que l’agent soit choisi pour infecter par voie respiratoire (comme le charbon, la tularémie, la fièvre Q, le typhus, la variole, la peste).

L’avantage à utiliser les aérosols en espace clos est la forte probabilité d’infecter plusieurs individus en même temps comme dans les réseaux de métro où à travers les systèmes de ventilation et l’air climatisé d’un immeuble. Il peut être diffusé à travers les climatiseurs, ou être répandu par avion ou hélicoptère. En espace clos, les conditions météorologiques sont plus favorables. Encore faut-il que les particules soient suffisamment petites pour être inhalées par les poumons à l’intérieur des aérosols. Les particules doivent avoir la dimension de deux à cinq microns. Si elles sont trop grosses, les particules sont difficilement  inhalées car elles ont de la difficulté à demeurer en suspension dans l’air. Selon Pearson 1998 et Condesman, 2002, la taille des particules et l’aspect plus difficile de l’aérosolisation (Blais : 118). 

Cependant, l’utilisation d’aérosols comporte des désavantages, notamment plusieurs micro-organismes sont fragiles et sensibles au processus mécanique de pulvérisation. De plus, la virulence des agents est sensible aux conditions météorologiques (température, soleil, vent, humidité). Il faut des conditions idéales pour que l’agent soit efficace et dangereux. L’attentat manqué de la secte Aum montre que la dissémination par aérosol peut être aléatoire (Blais : 2001, 118). En 1995, la secte avait fabriqué du sarin (VX) dans un laboratoire clandestin par des chimistes et des microbiologistes sortant de l’université. Ceux-ci s’étaient procuré plusieurs différentes souches de virus et de bactéries et avaient déjà tenté de les utiliser devant le parlement. Cependant, leurs attaques biologiques furent un échec à cause des problèmes de dissémination des bactéries dans l’environnement et des problèmes de manipulation.

Au niveau technique, les bios aérosols présentent une poly dispersion de particules ou de gouttelettes de 0.5 à 15.0 micromètres (um). L’étendue de particules lancées par aérosol qui représente un risque pour les humains est entre 1.0 et 10.0 um. Les particules entre 1.0 et 3.0 sont les plus dangereuses car une fois inhalées, elles vont dans les régions les plus profondes de la gorge et peuvent devenir une maladie respiratoire. Les bios aérosols peuvent être comparés à des spores de bactéries mais pour être efficaces ils doivent être pulvérisés à basse altitude à partir d’aérosols.

L’utilisation d’aéronefs pour disperser de grandes quantités d’agents sur des kilomètres de distance fait craindre les spécialistes. D’une part, se protéger face à ce type d’attaque est un problème puisqu’on on ne peut identifier l’agent, ni le détecter. D’autre part, il faut connaître l’agent pour commander des doses suffisantes de vaccins. Malgré cela, des quantités suffisantes de vaccins ne peuvent pas neutraliser les effets d’un agent virulent ou génétiquement modifié. En revanche, l’avion doit être capable de contenir de grandes quantités  et les conditions météorologiques peuvent avoir un impact.

attab

6- Il existe aussi la transmission par contact. Celle-ci est généralement utilisée pour commettre des assassinats ou des attentats individuels comme par exemple à l’aide d’un parapluie à pointe enduite de ricine (« parapluie bulgare »).  On peut aussi envisager le scénario suivant : un terroriste kamikaze ayant décidé de s’infecter lui-même intentionnellement afin de contaminer le maximum de personnes dans son entourage ou dans une population.

Les moyens pour disperser les agents sont multiples et infinis et ils continueront de prendre de l’importance grâce au développement des technologies. Cependant, la dissémination d’agents bactériologiques est plus complexe que sa production. L’agent doit être capable  de survivre longtemps pour qu’il infecte sa cible. Cette problématique concerne la majorité des agents infectieux. De plus, certaines méthodes comme les explosifs ou les aérosols sont susceptibles d’endommager les agents dans leur dispersion ce qui limite leur efficacité. De plus, les agents sont très sensibles aux conditions météorologiques, en particulier, la température, le taux d’humidité, le vent et le soleil, ce qui affecte leur virulence et pouvant provoquer la mort des microorganismes. Toutefois, ces germes peuvent être plus meurtrières si elles associées à des armes chimiques ou à des déchets nucléaires.

 
     
 

Détection

Malheureusement, les premiers cas touchants les humains se manifesteront essentiellement dans les services d’urgence, plusieurs jours après l'attaque. Le premier indicateur d’un agent biologique sera un nombre accru de patients présentant les mêmes symptômes. Il faudra identifier les humains infectés durant leur période d’incubation. L’efficacité dans la neutralisation de la maladie dépendra de la capacité et de la rapidité des cliniciens et des premiers répondants à reconnaître et à identifier les symptômes et de les rapporter à la santé publique.  La santé publique pourra par la suite mettre en branle un système de surveillance dans les hôpitaux afin d’appliquer des mesures pour contrer l’étendue de la maladie.

 
     
 

Production et faisabilité

Pour produire des agents biologiques, il faut : 1) avoir des connaissances en microbiologie, 2) connaître les techniques de culture des agents pathogènes, 3) avoir accès aux instruments de production qui sont plus difficiles d’avoir accès. Par la suite, il faut également 4) être capable de militariser les agents et de les transformer en armes bactériologiques ce qui est beaucoup plus difficile car il faut des connaissances dans plusieurs différents domaines et être capable de combiner les moyens de dissémination avec l’agent bactériologique.

La secte apocalyptique japonaise Aum Shinrikyo (vérité suprême) est la seule organisation à ce jour à avoir réussi à produire des agents biologiques. Elle avait investi dans la recherche et développement d’un laboratoire et recruté des étudiants universitaires en microbiologie et des scientifiques. Ils ont fait des expériences avec différents agents comme la toxine botulique (par aérosol), la bactérie du charbon, le choléra et la fièvre Q. La dissémination du sarin, au moment de l'attaque, fut le point faible du plan.

La dissémination des agents biologiques et chimiques est plus complexe que leur production car il existe plusieurs facteurs influençant l’effet des agents : la qualité du produit, les conditions météorologiques, la circulation de l’air et la ventilation dans les bâtiments, la taille des particules et l’obtention de matériel pour disperser le produit en aérosol ou en fines gouttelettes.  Ces conditions sont des obstacles à franchir pour disperser les agents CB (Solliciteur général, 2001).

Cependant avec Internet, n’importe qui peut avoir accès à l’information et peut l’utiliser à leurs fins. De plus, on peut avoir accès à des produits chimiques et biologiques dans des laboratoires de recherche, des hôpitaux, des pharmacies, des fermes, des magasins de produits agroalimentaires, des usines de production, etc.

La production d’agents biologiques nécessite beaucoup de connaissances et de matériel n’étant pas nécessairement à la portée des organisations terroristes. Cependant, il existe une vaste gamme de produits disponibles à tous comme des insecticides, des produits chimiques industriels et des toxines comme le ricin qui est facile à obtenir et à produire

 
     
   
 
2002-2014, ERTA