Agents de guerre bactériologiques
Nature de la menace bioterroriste au Canada
 
     
 

D) Acquisition des agents biologiques

 
 
 
 

Les terroristes peuvent produire des agents bactériologiques en obtenant des souches de bactéries. Plusieurs agents pathogènes sont présents à l’état endémique c.a.d à leur état naturel, ils serait possible de l’extraire de réservoirs naturels dans certaines régions du monde. Il suffit  de se procurer ces agents et de les isoler. Par exemple, les bactéries du charbon, le ricin ou des virus des fièvres hémorragiques peuvent être prélevés à leur état endémique. De même, les toxines viennent souvent directement des graines de plante et sont prélevées à leur état naturel mais le poison doit être produit par un processus de synthèse chimique.  Pour voler des souches d’agents biologiques, les malfaiteurs peuvent s’en procurer de manufacturiers de produits agroalimentaires ou dans des laboratoires de recherche. Cependant, les laboratoires de niveau 4 sont très restreints au publique vu l’importance des recherches qui y sont effectuées. D’autre part, certaines souches très redoutées comme le virus de la variole sont très rares et sont gardées dans seulement deux laboratoires dont un aux États-unis et l’autre en Russie. Les terroristes vont probablement privilégier les sources naturelles car c’est le moyen le plus sécuritaire. Cependant, ils doivent recourir à des prélèvements, puis isoler et identifier l’organisme, ce qui n’est pas évident.

Les terroristes peuvent utiliser le nom de fausses entreprises ou de compagnies pour acheter des souches via l’intermédiaire d’un fournisseur légalement autorisée à fournir des pathogènes à des établissements de recherche.  Rappelons ici, l’exemple de L.Wayne membre du groupe néonazi Aryan Nation aux États-unis qui s’était commandé par la poste des souches de la peste bubonique sous le nom d’un faux laboratoire de recherche.

Les terroristes peuvent menacer,  corrompre, obtenir la complicité des employés qui travaillent dans le développement de programmes de recherche sur des agents biologiques ou recruter des chercheurs en chimie, en biologique, microbiologie ou tout autre domaine connexe. Ils peuvent se faire passer pour un microbiologiste. De plus, depuis la fin de la guerre froide il y a beaucoup de savants russes qui sont mal payés ou sans emploi (voir le programme Biopreparat).

Les terroristes peuvent aussi voler des réserves ou des laboratoires militaires appartenants à des états qui possèdent des réserves d’agents biologiques militarisés, c.a.d prêts à être utilisés lors d’un combat ou modifiés génétiquement. Certains états possèdent de grandes quantités d’agents biologiques malgré qu’ils aient ratifié la convention de 1972. Les laboratoires universitaires, les établissements de recherche des services de santé publique, les laboratoires pharmaceutiques et les maisons de vente par correspondance sont aussi des édifices qui peuvent être volés. Certains immeubles de recherches sur les moyens de guerres biologiques ne sont pas aussi bien surveillés que les installations nucléaires, plus particulièrement les établissements civils. (SCRS, 2000)

Les terroristes peuvent acheter des souches et du matériel de production à des états ou des vendeurs privés qui possèdent des connaissances sur ce matériel. Ils peuvent l’obtenir de gouvernements complices (états susceptibles d’aider et de soutenir des organisations terroristes) qui disposent de programmes  actifs de production d’armes de destruction massive. Ceux-ci pourront utiliser ces organisations en se servant de quelqu’un d’autre pour perpétrer des attaques. Cette tactique permet à l’état de montrer un « démenti raisonnable » (Solliciteur général, 2001). Le choix de l’agent biologique va dépendre des finalités recherchées par les terroristes.

 
     
 

E) Problématique : Qui utilise les agents biologiques, qui en possèdent ? Pourquoi les utilisent-ils? Quelles sont leurs motivations?

 
 

Qui tend à les utiliser :

Les armes biologiques ont été peu utilisées lors de conflits contrairement aux armes chimiques. L’utilisation militaire la plus remarquée fut celle des attaques japonaises contre la Chine de 1935 à 1944. Le général japonais Shiro Ishii avait élaboré un camp d’extermination massive avec des armes bactériologiques pendant la seconde guerre mondiale. Le camp était installé en Mandchourie et comptait plus de six mille prisonniers russes, américains, australiens, canadiens, anglais, mandchous, coréens, chinois…ceux-ci servaient à tester l’efficacité des souches de germes sélectionnées (Bioterrorisme, 2005, p.93). Pendant la guerre froide qui a suivi, nous savons que l’U.R.S.S a mis au point un arsenal d’armes biologiques important de type offensif. Mais depuis l’effondrement de l’empire soviétique, des milliers de scientifiques mal payés se sont trouvé sans emplois. De plus, de nombreux laboratoires furent fermés et mis de côté faisant craindre le pire des scénarios pour le reste de la communauté internationale. L’utilisation militaire des armes biologiques continuera toujours d’exister et restera une option pour les pays en guerre.Le principe de guerre bactériologique n’est pas de tuer des individus mais de faire multiplier chez eux des germes pour créer une épidémie. Un article de Médecine et Santé résume l'objectif: " Il ne faut pas perdre de vue que les motivations d'une armée ne sont pas les mêmes que celles de terroristes. Une armée va chercher à neutraliser l'adversaire, il lui est plus intéressant de l'encombrer de blessés, qui vont mobiliser plus d'hommes, que de morts. Le terroriste va chercher à tuer".

plane terro secte

On remarque que durant les dernières décennies de nombreuses sectes ont utilisé des agents biologiques et chimiques pour différentes raisons. Les sectes cherchent souvent à attirer l’attention de la population sur des enjeux politiques afin d’influencer et de forcer les gouvernements à faire des changements. Parfois, ces groupes cherchent à envoyer un message de peur comme les sectes apocalyptiques (ex : Aum Shirikyo). Le cas le plus important fut la contamination alimentaire en Oregon en 1984 par la secte Rajneesh. Celle-ci avait contaminé des buffets de restaurant pour empêcher les résidents du comté d’aller voter. Environ 751 personnes fut intoxiquées dont 45 hospitalisées. En 1990 et 1993, la secte Aum Shinrikyo avait essayé d’utiliser des agents bactériologiques en disséminant des toxines botuliniques et des spores de charbon devant le parlement japonais. La secte avait utilisé un véhicule modifié pour disséminer l’agent dans le quartier. Durant la deuxième tentative, la secte a utilisé un véhicule similaire pour disséminer des toxines dans le centre ville de Tokyo afin de perturber le mariage du prince Naruhito. En 1993, la secte avait disséminé des spores de charbon avec un pulvérisateur sur le toit d’un immeuble de Tokyo appartenant à la secte. Il n’y eut aucune victime pour ces dernières attaques (Blais, 2004).

Plusieurs groupes terroristes ont tenté d’utiliser des agents bactériologiques. Les attaques importantes sont mentionnées dans le tableau historique. Il existe peu de cas réels d’utilisation d’armes biologiques mais nous savons que le réseau d’Al-Quaïda a l’intention de se procurer des armes de destruction massive et de recourir à des agents infectieux comme outil de terrorisme. Rappelons qu’après le 11 septembre 2001, les États-unis ont connus une vague de peur avec les attaques aux lettres contenant du charbon. Plusieurs lettres avaient été envoyées par la poste  à des politiciens démocrates et à des personnes influentes. Plus d’une quarantaine de personnes avaient été ciblées mais seulement 22 furent diagnostiquées comme « malades ». Le FBI a réussi à trouver une piste à l’unité de recherche Fort Detrick au Maryland. Apparemment qu’un ex-employé Steven Hatfill avait étudié en 1999 différentes façons d’envoyer du bacille du charbon par courrier. Les responssables des attaques aux charbon n'ont toujours pas été arrêtés à ce jour.  Les terroristes religieux en particulier les fondamentalistes islamiques pourraient employer des armes biologiques et chimiques. Aussi, le terrorisme d’extorsion et/ou de chantage ainsi que les terroristes aux idéologies politiques extrémistes et les millénaristes (ex : sectes) sont susceptibles d’en utiliser, de même que les amateurs terroristes (d’origine américaine).

Qui en possède :

Récemment, les États-unis ont officiellement accusé l’Irak, la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie et le Soudan de posséder des armes biologique et ce en violation du traité de non prolifération. Le Canada, le Japon, la République sud-africaine, la France, l'Angleterre et les États-unis (réserve offensive) ont abandonné le développement des armes bactériologiques et ont détruit leur stock. Cependant, plusieurs pays sont reconnus de façon générale pour avoir développé des armes biologiques de type offensifs : l’Iran, l’Irak, Israël,  la Libye, la Syrie, la Chine, la Corée du Nord et Taiwan.  Six autres pays sont « soupçonnés » par des sources ouvertes, (SCRS, 2000) : l’Égypte, le Vietnam, le Laos,  Cuba, la Bulgarie et l’Inde.  En revanche, on peut douter de la volonté américaine de vouloir simplement se défendre et de ne pas chercher à trouver de nouvelles technologies militaires plus avancées pour répondre à ce type d’attaque.

En 2005, le budget des États-Unis a prévu une augmentation de 11% du budget alloué à la protection bioterroriste, soit plus de 1,5 milliards de dollars US chaque année. En 2006, le gouvernement américain met en place une nouvelle agence ultrasecrète contre le bioterrorisme : BARD l’agence de développement et de recherche avancée biomédicale au sein du Departement of Health and Human Services (HHS) dont la principale mission sera dédiée à contrer le bioterrorisme et les épidémies naturelles .  Cette agence ne sera pas soumise à aucune loi gouvernementale.

États possédant des armes biologiques

Algérie

Japon

Canada

Libye

China

Corée du Nord

Égypte

France

Allemagne

Afrique du Sud

Inde

Russie

Syrie

Pakistan

Iran

Taiwan

Iraq

États-Unis

 
     
  F) La Convention de 1972 sur les armes bactériologiques ou à toxines  
 

« Dès la fin de la première guerre mondiale, l'emploi de moyens de guerre chimiques et bactériologiques a été largement condamné, puis prohibé dans le Protocole de Genève de 1925, instrument précurseur de la Convention » (Comité international de la Croix-Rouge. 2003).

À l’époque, la grippe espagnole avait fait presque autant de victime, sinon plus que la première guerre mondiale. Cette pandémie avait fait plus de 20 millions de victimes en 1918, la guerre avait coûté la vie à 13 millions de soldats et à 8 millions de civils. La communauté internationale et les citoyens furent tellement surpris qu’ils ont rapidement réagit afin d’éviter qu’une guerre n’utilise des armes biologiques. Les dirigeants politiques ont mis en place le Protocole de Genève en 1925 traitant des armes chimiques et biologiques. Cependant, le protocole avait omis d’interdire la production et le développement d’armes biologiques. De plus, les états étaient récalcitrants puisqu’ils voulaient garder leur droit d’utiliser des armes biologiques si celles-ci étaient utilisées contre eux.

La Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication et de l’entreposage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction, fut signé en 1972 par 88 pays laissaient espérer la disparition de l’usage de microorganismes comme arme de guerre. Aujourd’hui 145 pays l’ont entériné. Cependant, la Convention sur les armes bactériologiques ne possède pas de mécanismes d'application ou de vérification des réserves d’armes bactériologiques ou à toxines. Le respect de la convention  demeure subordonné à la bonne foi des états partis, puisque aucun contrôle international n’existe en matière d’armes biologiques. De plus, les moyens nationaux ne permettent pas de vérifier adéquatement la non production et la non prolifération d’armes biologiques et de toxines à l’intérieur et à l’extérieur d’autres pays qui sont hostiles. De plus, il n’existe aucun organisme international qui sont chargées de s’occuper des vérifications, seul le secrétaire général des Nations Unies peut  lancer des enquêtes sur d’éventuelles attaques pourraient créer des épidémies. Dans ce cas, on peut s’interroger sur la rapidité et l’efficacité des enquêteurs des Nations Unies, puisqu’il sera extrêmement difficile de retrouver l’agresseur et qu’il faudra trouver des preuves de l’épidémie n’étant pas issues de sources naturelles. (Croix-Rouge, 1997).

D'autres mécanismes existent, tels que le Groupe d'Australie, qui s'emploie à définir des directives relatives aux exportations de techniques liées à la production d'armes biologiques. Mais ce groupe a des moyens d'action limités et n'inclut pas certains des principaux états préoccupants. Ce ne sont pas tout les pays qui y participent et ils n’ont pas de moyen subventionné au niveau international.  En outre, il s'intéresse uniquement aux équipements permettant une production importante de grandes quantités, en dépit du problème de la production clandestine de moindre envergure. Autrement dit, il ne s’occupe pas des petites quantités car ce serait une tâche impossible

« Le BioWeapons Monitor propose une base de données consultable en ligne sur la façon dont les gouvernements et d’autres instances respectent la Convention d’interdiction des armes biologiques de 1972 (CIAB) et les autres traités internationaux qui font autorité en matière de lutte contre les armes biologiques. » Source : http://www.biosecuritycodes.org/leg_fr.htm .


Au Canada, la loi de la convention sur les armes biologiques ou à toxines (LMOCABT) (projet de loi C-7, partie 23) a reçu la sanction royale le 6 mai 2004. Cette loi vise a réglementé les agents biologiques. « La LMOCABT ne vise pas à accroître le fardeau des milieux de l’industrie et de l’enseignement au Canada, ni à remplacer les régimes d’inspection qui existent actuellement au sein des différents ministères. La LMOCABT vise plutôt une meilleure coordination des renseignements et des actions entre les divers ministères et organismes partenaires, de même que la prise en charge des anciens mécanismes de réglementation et d’exécution par la sensibilisation des partenaires aux obligations qui découlent de la CABT. » (Bureau des affaires étrangères du Canada, 2004)   



Malgré la convention rien n’empêche les pays signataires de financer ou de supporter des laboratoires secrets ou des entreprises privées contractuelles pour développer des programmes de production de virus possédant des propriétés particulières (ex : fabriquer des bactéries résistantes aux antibiotiques). Jusqu’à aujourd’hui les états n’ont pas négligé l’utilisation de génie génétique mais peuvent garder secrètes certaines recherches importantes. De plus, on peut craindre que les réserves de toxines et d’agents bactériologiques qui sont destinées à la destruction soient détournées et que les techniques de génie génétique soient volées par espionnage militaire. La convention n’empêche pas les grandes puissances de se tenir prêtes à se défendre contre des armes biologiques ou chimiques de leurs rivaux.  . Pour en connaître plus sur les législations en matière de bioterrorisme et biosécurité, visiter http://www.biosecuritycodes.org/leg_fr.htm
 
     
 
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2002-2014, ERTA