Le G.S.P.C. : Menace pour l'Europe?  
     
 

3-Pourquoi l’Europe, et précisément la France, pourrait être une cible pour le G.S.P.C. ?

 
 

Des communiqués ciblant la France :

Abdelmalek Droukdel Ayman Al-Zawahiri

Plusieurs communiqués, dont celui de Ayman Al-Zawahiri ainsi que ceux l’émir du G.S.P.C.  visent la France. Le GS.P.C. Serait « l’os dans la gorge des croisés américains et français » disait le n°2 d’Al Qaeda dansune vidéo diffusée le 11 septembre 2006. La France est  clairement désignée pour cible, le G.S.P.C. serait invité à s’en prendre aux » croisés français », à être « le bras armé d’Al Qaeda  pour frapper la France ». Dans une tonalité similaire, Abdelmalek Droukdel, alias Abou Hamza, le dirigeant du G.S.P.C. incite « le peuple algérien islamiste à combattre les ressortissants de France et les agents des croisés qui occupent nos terres ». Enfin, les services de renseignement et de contre espionnage français qualifient le G.S.P.C. comme la « première menace terroriste » contre la France.

 
     
 

Pourquoi cibler la France ?

Pourquoi la France est-elle ciblée ? On peut en effet se poser cette question alors que celle-ci n’a pas participé à la guerre en Irak, l’a même condamnée. De plus, les dirigeants politiques français ont toujours montré leur attachement aux liens entretenus avec le monde musulman. Alain Rodier, directeur de recherche chargé du terrorisme et de la criminalité organisée au C.F.2.R (centre français de recherche sur le renseignement) expose plusieurs raisons ;

-Des raisons historiques :

  • Les mouvances islamistes tel que Al Qaeda veulent dans leurs revendications recréer un nouveau califat (le Dar al-Islam, la « maison de la paix », désignant les terres sous gouvernements musulmans) tel qu’il y a pu exister durant le moyen Age. Ce califat engloberait tous les pays du monde musulman. Une des priorités serait alors d’éliminer tous les pays dont le régime est dit apostat (le Dar al-Harb, la « maison de la guerre », territoires qui ne sont pas sous administration d’un gouvernement musulman), dont le régime algérien de Bouteflika fait partie. En deuxième priorité, le but est de s’attaquer aux pays possédant une forte communauté musulmane pour en faire des terres de l’Islam (le Dal al-Kufr, « domaine des infidèles », terme soulignant l’aspiration pour certains pays islamiques à conquérir ces territoires et les intégrer entièrement ou en partie au Dar al-Islam). La France fait partie de ces pays ayant une forte communauté musulmane.
  • La France est aussi vue comme le pays ayant arrêté les conquêtes des Maures en 732 à Poitiers où Charles Martel établit sa renommée (Selon des auteurs, c’est suite à cette victoire contre les Maures que Charles fut surnommé Martel puisqu’il frappait les troupes mahométanes tel un marteau). C’est après cette défaite que le monde musulman connut son déclin.
  • C’est de la France que la majorité des croisades ordonnées par les papes sont parties afin de libérer Jérusalem.
  • La France a été pendant très longtemps une puissance coloniale ayant occupé les terres de l’Islam. La décolonisation ne s’est alors pas faite sans douleur, notamment en Algérie.
  • En 1956, la France a pris position contre Nasser lors de la crise de Suez avec les britanniques et les israéliens.
  • Le soutien de la France à Saddam Hussein lorsqu’il était dirigeant d’un Irak laïque dans sa guerre contre l’Iran.
  • La France a participé à la première guerre du golf en 1991, occupant ainsi les terres saintes de l’Islam, dont l’Arabie Saoudite.

-De nos jours, plusieurs autres raisons peuvent aussi être énoncées :

  • L’interdiction du foulard islamique dans les écoles françaises a engendré une vague de protestations dans le monde musulman. Les difficultés rencontrées pour ouvrir des salles de prières et des mosquées pour les musulmans en France, plusieurs refus par les autorités françaises de faciliter la pratique du culte musulman. Enfin, les caricatures de Mahomet dans le journal Charlie’s Hebdo. Toutes ces raisons ont donné à croire que les français traitent mal les musulmans en France.
  • La France est aussi dénoncée pour son soutien au régime « apostat » algérien de Bouteflika. Son implication en Afghanistan n’est pas aussi vue d’un bon œil.
  • Sa participation à la FINUL renforcée est aussi très mal perçue. Beaucoup de radicaux se demandent pourquoi cette force se situe au Sud Liban et non au Nord d’Israël. Certains pensent alors que la France se bat contre le Hezbollah et les populations musulmanes tout en soutenant officieusement les israéliens.
  • Enfin, cette période est celle des élections françaises, période propice à un coup d’éclat terroriste pouvant faire basculer les élections comme lors des attentats de Madrid en 2004 où les attentats avaient pesé sur les résultats de l’élection.
 
     
 

4-Le G.S.P.C. a-t-il les capacités opérationnelles pour commettre des attentats en Europe ?

 
 

Des réseaux implantés en Europe :

Toujours selon Alain Rodier, directeur de recherche au C.F.2.R., le G.S.P.C. serait en difficultés opérationnelles en Algérie. Difficultés renforcées par la forte offensive menée par les forces algériennes en Kabylie depuis le 26 mars 2007. Malgré cela, cette organisation possède des anciens réseaux repris au G.I.A lors de sa disparition, notamment plusieurs cellules dormantes en Europe dont précisément en France et en Italie. L’organisation serait bien implantée sur le sol français et se dissimulerait au sein des communautés maghrébines. Les membres du G.S.P.C. auraient alors la volonté mais aussi les capacités techniques de mener des actions sur le sol européen. Les services spécialisés français dont la Direction de la Sécurité du Territoire (D.S.T) et les Renseignements Généraux (R.G.) auraient beaucoup de difficultés à infiltrer les cellules du G.S.P.C. Il a été ainsi observé  que leurs membres, après avoir été arrêtés par les autorités françaises, faisaient des campagnes de recrutement dans les prisons. Les militants ressortaient ainsi de prison, toujours opérationnels, ayant recruté et entraîné de nouveaux membres.  Ces nouveaux membres seraient des français issus de l’immigration, mais aussi de souche ainsi que des marocains, des Libyens et des Nigérians.  Enfin, Alain Rodier indique que selon lui, la question ne serait pas de savoir s’il va y avoir un attentat en France, mais de savoir quand, où et avec quels moyens.

 
     
 

La question des amnistiés en Algérie :

En vertu de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, le président algérien Bouteflika aurait amnistié 2629 détenus entre mars et septembre 2006. On y retrouve des individus issus de l’ancien G.I.A. qui n’ont pas renoncé à frapper la France. Sur ces milliers d’amnistiés, plusieurs auraient rejoint les maquis du G.S.P.C., permettant de donner un surcroit de main d’œuvre à l’organisation. Le 1 septembre 2006, une note du ministère de l’intérieur stipulait « qu’il s’agit de l’une des menaces les plus lourdes qui pèse actuellement sur la France, historiquement cible privilégiée des terroristes algériens ». Le risque est donc qu’un groupe de ces « faux repentis » ne gagne la France et ne commette un attentat similaire à ceux de 1995 par le G.I.A. où il a fallu seulement deux hommes pour organiser les attentats. Les autorités algériennes auraient transmis aux services français à la fin de l’année 2006, une liste d’individus récemment libérés, environ 2500 individus, qui faisaient ou font toujours partie des réseaux salafistes-djihadistes algériens

 
     
 

Les risques de l’infiltration :

La question de l’infiltration comme risque majeur semble alors un point central dans la probabilité d’une attaque du G.S.P.C. Jean-Luc Marrent, collaborateur à la fondation pour la recherche stratégique, indique que des infiltrations sur le territoire de l’Union européenne peuvent se faire selon plusieurs formes :

  • Des militants du G.S.P.C. ayant la nationalité européenne, ou bi-nationalité européo/algérienne ont moins de problèmes pour faire des allers et retours  en Algérie, surtout si ceux-ci ne figurent pas sur les listes transmises par les autorités algériennes aux services de renseignement français. Nous pouvons ici faire un parallèle avec le constat de Alain Rodier au fait que des militants du G.S.P.C. recrutaient au sein des prisons françaises des ressortissants français issus de l’immigration. Ces personnes auraient alors plus de facilités pour faire des allers et retours avec l’Algérie.
  • L’utilisation de filières clandestines, notamment par le détroit de Gibraltar.
  • Des individus peuvent s’implanter en Europe non pas pour perpétrer directement des attentats, mais sur une perspective à long terme. Ceux-ci seraient alors des « facilitateurs » ne faisant que militer et recruter sur le terrain. Ils se positionneraient sur le long terme par exemple en se mariant avec des citoyennes européennes.
 
     
 

Conclusion :

Le G.S.P.C. aurait ainsi les capacités, les moyens matériels et humains pour commettre des attentats sur le sol européen. Cela grâce à l’infiltration des membres sur le territoire. Déjà, certains membres du G.S.P.C. ont été arrêtés par les autorités européennes dont un militant à Londres qui a conspiré pour lancer une attaque chimique. 4 membres du G.S.P.C. auraient aussi été arrêtés à Francfort pour possession de produits chimiques. Des sources policières citent l’exemple d’un membre présumé du G.S.P.C. qui une fois libéré aurait rejoint la France pour ouvrir un commerce et se marier avec une française.  Celui-ci serait entré en contact direct avec un membre du G.S.P.C. à Londres entrainant automatiquement son expulsion de France. Si celui-ci n’avait pas fait cette erreur, il serait encore actuellement en France à mener ses projets. Enfin, l’organisation serait soupçonnée d’avoir préparé des attentats contre la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg ainsi que le marché de Noël en décembre 2000.

Le G.S.P.C. possède donc des personnes pour commettre des attentats en Europe. Or, jusqu’à ce jour, aucun attentat n’a encore été commis par cette organisation. Que représente réellement en fait le G.S.P.C. en Algérie, est-il en train devenir l’organisation fédératrice de toutes les mouvances salafistes et djihadistes du Maghreb ? Est-on maintenant en présence d’une nouvelle organisation puissante et fédératrice au Maghreb et augmentant ainsi le risque terroriste en Europe ? Plusieurs données laissent à penser que l’organisation connaît d’énormes difficultés en Algérie, et ne  fédère pas encore les groupes islamistes.

 
     
 

5-Le G.S.P.C. : Fédérateur ou bien en position précaire ?

 
 

Changer de nom pour cacher son déclin :

Selon Slaheddine Jourchi, expert tunisien en matière d’affaires islamiques et président de la fondation Al-Jahez, dans un entretien pour le magazine tunisien Magharebia, il serait peu probable que des groupes islamistes extrémistes s’implantent longuement dans la région du Maghreb et soient bien accueillis par la population. Trois facteurs empêcheraient ainsi que le G.S.P.C. puisse avoir un véritable succès auprès des populations du Maghreb :

  • Le premier facteur serait le rejet par la population de la violence armée contre les régimes en place, quelles que soient les critiques que l’on peut apporter à leur encontre. L’opposition politique dans les pays du Maghreb serait associée à une dimension progressiste et pacifique. Il n’y existerait aucune véritable culture de la violence.
  • Le deuxième facteur serait le déclin en général de la violence en continu. En Algérie, la violence armée a diminué de manière importante. Le G.S.P.C. connaitrait aussi cette régression dans la violence continuelle.
  • En troisième facteur, Jourchi indique qu’un certain nombre de personnes qui furent un temps portées sur les armes privilégient maintenant d’autres formes de communication ainsi qu’une réconciliation avec les régimes des pays du Maghreb. Le recours à la violence aurait atteint son plus haut niveau sans réussir toutefois à atteindre les objectifs escomptés.

La violence connaitrait certes un déclin, mais il n’est pas pour autant impossible qu’elle puisse se renouveler.

Le G.S.P.C. aurait aussi changé de nom pour cacher son déclin, utiliser le nom d’Al Qaeda permettrait en effet de faire référence à des valeurs politiques et une idéologie forte, donnant ainsi à l’organisation une image de fédérateur puissant au Maghreb. Il renforcerait ainsi sa position actuellement précaire, minimiserait ses divisions et ses faiblesses. Le ralliement et le changement de nom du G.S.P.C. pour Al Qaeda au pays du Maghreb islamique seraient un coup médiatique. Le G.S.P.C avait déjà des liens très étroits avec Al Qaeda dés sa création par Hassan Hattab en 1998, notamment avec Ben Laden. Le rapprochement du G.S.P.C avec la mouvance Al Qaeda n’est  pas d’aujourd’hui. Le fait de l’avoir officialisé en cette période n’est ainsi pas sans raison. Enfin, ce ralliement aurait aussi connu plusieurs oppositions au sein même du G.S.P.C., certains membres préférant mettre le caractère « algérien » de leur cause en premier, dénotant une certaine division sur la marche à suivre.

Malgré tout, les discours religieux modérés, n’appelant pas au djihadisme semblent de plus en plus en position de faiblesse en raison de nombreuses crises internes et externes, mais aussi politiques, culturelles, économiques et sociales, alimentant ainsi les discours radicaux, terreau favorable pour le recrutement de membres pour les organisations terroristes. Ce discours radical gagnerait certains points forts, notamment dans les mosquées et les universités.

 
     
 

Difficulté à se poser en fédérateur :

Il est vrai que le G.S.P.C. connaît de grandes difficultés en Algérie, précisément à son quartier général en Kabylie. L’offensive algérienne menée depuis le 26 mars rend de plus en plus précaire sa présence. On peut alors supposer que les attentats du 11 avril 2007 à Alger soient une attaque du dernier recours face à cette offensive. Abdelmalek Droukdel, le dirigeant du G.S.P.C. essaierait de résoudre le risque de l’élimination de son organisation en essayant de fédérer tous les différents groupes des régions du Maghreb, mais aussi du Sahel et de toute l’Afrique du nord-ouest, dont l’arc de ralliement irait de la Mauritanie à la Lybie. Cette volonté d’unification, selon Louis Caprioli conseiller de la société Geos et ancien sous-directeur chargé de l’antiterrorisme à la direction de surveillance du territoire, est tout à fait claire ; Mais il manquerait au G.S.P.C. une véritable figure de ralliement, un véritable coordonnateur. Or, dans son communiqué de septembre 2006, Ayman Al-Zawahiri n’a pas désigné Droukdel comme véritable fédérateur.

Plusieurs attentats ont certes été commis en Tunisie, en Algérie et au Maroc, mais il n’y aurait qu’un lien idéologique et non opérationnel entre ces différents attentats selon Christophe Chabaud, chef de l’unité de coordination de la lutte antiterroriste français (UCLAT). Il n’y aurait pas de direction centrale qui déciderait  où les attaques se feraient ; Il s’agirait alors plus d’un mouvement déstructuré et en position de faiblesse. On peut alors supposer que tant que le G.S.P.C. n’a pas acquis une véritable position en tant que fédérateur en Afrique du Nord-ouest, et que sa situation reste précaire en Algérie, il lui sera alors plus difficile et peu judicieux de coordonner et commettre un attentat dans un pays de l’Union européenne au risque de déclencher une riposte importante mettant encore plus en péril sa situation difficile en Algérie.

Néanmoins, les attentats du 11 avril 07 à Alger peuvent donner au G.S.P.C. une position médiatique et symbolique importante pour fédérer les différents groupes. Dans cette même optique, on peut tout aussi penser qu’un attentat particulièrement meurtrier durant les présidentielles et les législatives françaises donnerait une renommée internationale au G.S.P.C., maintenant Al Qaeda au pays du Maghreb islamique, renommée que l’organisation recherche et qui pourrait ainsi consolider durablement sa position en Afrique du Nord-Ouest. Un attentat de ce genre peut être envisagé du fait de l’implantation de cellules dormantes et de membres de l’organisation sur le sol français et européen.

En tout état de cause, les Etats européens, et tout particulièrement la France en cette période électorale, devront se maintenir extrêmement vigilants  jusqu’à l’élimination du G.S.P.C.

 
     
 

Références électroniques :

  • Alain Rodier : Pourquoi la France est menacée par le G.S.P.C, centre français de recherche sur le renseignement, Décembre 2006.
  • Pierre-Marie Giraud : Le GSPC tient toujours la France dans le collimateur, centre de recherche sur le renseignement, janvier 2007.
  • Jean Chichizola : Alger fournit à Paris sa liste noir du terrorisme, Le figaro,16 janvier 2007.
  • Magharebia : Jourchi: Le GSPC change de nom pour mieux cacher son déclin, 9 février 2007.
  • AFP :Baroin : "La France est sous la menace d'actes terroristes", Le Figaro, le 11 avril 2007.
  • Piotr Smolar : "Al-Qaida pour le Maghreb islamique" veut désormais s'inscrire dans le djihad globalisé, Le Monde, 12 avril 2007.
 
   
 
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