Les Tigres Libérateurs de l'Eelam Tamoul (TLET)
 
     
 
Jean-Michel Tessier-Jasmin 
2006
texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
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Introduction

Parmi les organisations terroristes les plus actives, les plus efficaces et les mieux organisées des dernières décennies se retrouvent certainement les Tigres Libérateurs de l'Eelam Tamoul (TLET) (Bell, 2004 ; Chalk, 1999 ; Thompson, 2003 ; Turlej, 2000). Bien que le Canada n'ait placé les TLET sur sa liste des entités terroristes seulement en avril 2006, le Département d'État étatsunien considère officiellement, depuis 1997, qu'ils contituent un groupe terroriste. Le gouvernement étatsunien (2004) reconnaît d'ailleurs cinq organisations façades aux Tigres tamouls (ERTA, 2004) :

  • World Tamil Association (WTA)
  • World Tamil Movement (WTM)
  • Federation of Associations of Canadian Tamils (FACT)
  • The Ellalan Force
  • The Sangillan Force

C'est que, jusqu'en 2002, les TLET combattaient de façon acharnée l'armée nationale du Sri Lanka avec l'objectif de créer un État indépendant pour la minorité tamoule. Dans cette guerre, les attentats terroristes n'ont été qu'un moyen parmi tant d'autres que les TLET ont employé pour arriver à leurs fins. Bien qu'à l'heure actuelle, les Tigres tamouls ne contrôlent que certaines parties du nord et de l'est du Sri Lanka, c'est plutôt l'ampleur et la puissance de leur réseau international qui surprend, impressionne et inquiète bien des experts de la question terroriste. Ainsi, ce conflit en apparence régional entraîne des répercussions au niveau international dont les échos se font entendre jusqu'au Canada, où une importante communauté tamoule est établie, surtout dans la région de Toronto.

En fait, alors que les autorités canadiennes semblent faire peu de choses pour combattre les TLET, tout indique que ces derniers se servent du Canada pour financer leur guérilla et leurs activités terroristes qui ont cours à l'autre bout du monde (Chalk, 1999). Parmi les auteurs qui dénoncent avec le plus de véhémence le laxisme du gouvernement canadien se retrouve le journaliste du National Post Stewart Bell (2004) qui va jusqu'à affirmer, en se basant sur le rapport d'un agent des services canadiens de renseignement, que la base la plus importante des TLET à l'étranger est le Canada (p. 64). Cette filiale canadienne des TLET est parfois désignée sous le nom de « Tigres des neiges ».

Le présent article traite donc du combat que mènent les TLET, de leur organisation ainsi que de leurs principales activités. L'ampleur de leur réseau international recevra une attention particulière, surtout lorsqu'il se rend jusqu'au Canada. La dernière section relève de l'analyse et elle tentera de faire le pont entre les TLET et, entre autres, les théories criminologiques et explicatives du terrorisme.

Tout au long du présent article et sauf avis contraire, la définition que donne le U.S. Department of State (2004) du terrorisme sera retenue. Le terrorisme est ainsi définit comme étant « premeditated, politically motivated violence perpetrated against noncombatant targets by subnational groups or clandestine agents, usually intended to influence an audience ».

SriLanka

Le monde diplomatique

 
     
 

Contenu :

A) Une brève histoire du Sri Lanka : les origines d'un conflit
B) Les principaux acteurs et la structure des TLET
C) Les principales activités des TLET
D) Analyse critique

 
     
 

Conclusion

À la lumière des différentes sources d'informations, nous concluons à l'instar de Bell (2004 : 64) que les principales activités des TLET au Canada sont en fait la propagande et la levée de fonds. Bien que ces activités ne causent que peu de torts directement aux citoyens canadiens, il y a lieu de réfléchir sur les conséquences que pourrait avoir, au niveau des relations internationales, la tolérance canadienne. À ce sujet, Bell est d'avis que la reconnaissance des TLET comme organisation terroriste par le gouvernement des États-Unis a largement contribué à faire du Canada la base opérationnelle de prédilection des Tigres tamouls en Amérique du Nord (2004 : 100-101). Cependant, il n'est pas assuré que l'adoption de stratégies similaires par les autorités canadiennes puissent procurer des résultats aussi probants que le suggère Bell, du moins en terme de réduction du financement du terrorisme des TLET. Par contre, de telles stratégies pourraient permettre de rassurer les pays qui sont nos alliés et de donner au moins l'impression que quelque chose est fait. C'est peut-être là ce qui compte.

Si les TLET constituent un groupe difficile à étudier, c'est en partie à cause de la polyvalence de leurs activités dont le présent article fait état. Engagés à la fois dans des activités de guérilla, dans des activités criminelles et dans des activités terroristes, il semble que les membres des Tigres tamouls se définissent d'abord et avant tout par leur objectif, soit celui de la création d'un État indépendant (l'Eelam tamoul).

Il est probable que cette intimidation soit d'autant plus efficace que les immigrants sont souvent peu enclins à faire pleine confiance aux autorités de leur pays d'adoption, perpétrant une certaine loi du silence dans ce milieu qui ne fait que rendre cette population encore plus vulnérable à la manipulation de la part d'extrémistes.

Avec l'exemple des TLET et à la lumière de la théorie de Merton, il semble important de souligner qu'une organisation comme les TLET ne peut pas être définie uniquement par son recours au terrorisme. Le terrorisme demeure un outil susceptible d'être utilisé par tout rassemblement qui ne pourrait trouver mieux, ce qui n'enlève aucune valeur aux tentatives de théoriser la genèse du recours à ce moyen d'action.

 
     
 

Références non-éléctroniques

  • Bell, S. (2004). Terreur froide : la filière canadienne du terrorisme international. (Trad. de S. Dubuc). Montréal : Éditions de l'Homme. ( Trad. de Cold Terror: How Canada Nurtures and Exports Terrorism Around the World , 2004).
  • Clarke, R. V. et Cornish, D. B. (2000). « Rational Choice », in Paternoster, R et Bachman, R. (éds.) : Explaining Crime and Criminals : Essays in Contemporary Criminological Theory, Los Angeles : Roxbury.
  • Felson, M. (1998). Crime and Everyday Life , 2 nd ed., Thousand Oaks , Pine Forge Press.
  • Gruda, A. (2005). « Sri Lanka : un tigre dans la tempête », La Presse, 16 janvier 2005, p. I-2.
  • Merton, R. K. (1970). « Structure sociale, anomie et déviance », in Szabo, D. (éd.) : Déviance et criminalité, Paris : Armand Colin, 132-164.
  • Sageman, M. (2004). Understanding Terror Networks, Philadelphie : University of Pennsylvania Press.
  • Schmid, A. et de Graaf, J. (1982). Violence as Communication , London : Sage Publications.
  • Schmid, A. et Jongman, A. (1988). Political Terrorism : A New Guide to Actors, Authors, Concepts, Data Bases, Theories and Litterature, New York : Transaction. « Theories », 61-135.
  • Tremayne, Penelope et Geldard, Ian (1986). Terrorism in Sri Lanka : Nationalist or Marxist ?, Dollard des Ormeaux : La Compagnie de publication Aube Ltée.
  • « Sri Lanka », Encyclopédie Microsoft Encarta , 2002.
 
     
 
 
     
   
 
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