L'engagement des femmes dans une forme particulière du terrorisme, l'attentat suicide
 
     
 
Mégan Zangerlé
2005
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
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Introduction

 
 
Avion conduit par les Kamikazes japonais Widad Jamil Al-Douleimi, une des auteurs de l'attentat du 3 avril 2003 à Bagdad contre des G.I. américains
 
 

Le phénomène des attaques suicides n'est pas nouveau. Pris tel quel, ce concept était déjà utilisé par les sectes juives de Zélotes et des Sicaires (« poignards ») dans la Judée occupée par les Romains et par l'Ordre Islamique des Assassins ( hashashin ) durant l'époque des premières croisades.
    
Cette méthode fut plus tard utilisé comme une arme de terreur notamment par les Kamikazes japonais («vent divin») lors de la bataille des Philippines en 1944. Ceux-ci étaient de jeunes pilotes instruits que l'État japonais a convaincu de se sacrifier pour leurs familles réelles ou fictives, celles-ci comprenant leurs parents, leurs collègues pilotes, l'empereur et le peuple du Japon. Conscients que la guerre aboutirait à un échec s'ils perduraient dans les règles conventionnelles, ces jeunes hommes se désignèrent tous volontaires malgré l'assurance que leur refus n'entraînerait ni honte ni punition.
     
Depuis les années 80, cette forme de terrorisme subit un regain d'utilisation notamment par les organismes terroristes radicaux (religieux ou nationalistes). Un fait plus inquiétant est l'intérêt dont témoignent les femmes pour ce type d'attaques de plus en plus fréquentes. L'escalade de la violence touche toutes les couches de la société et n'est donc plus aux seules mains des hommes.

 
     
 

Contenu

A. L'attentat suicide : une méthode efficace
B. Aperçu sommaire des attaques suicides perpétrés par des femmes
C. Facteurs susceptibles d'influencer la décision de ces femmes concernant la réalisation d'un attentat suicide
D. Réaction des différentes structures terroristes face à ce phénomène
E. Conséquences engendrées par ce phénomène

 
     
 

Conclusion

Il est vrai que le contexte des guerres qui sévit dans les pays dont il a été question ci-dessus a conduit à un bouleversement des rapports sociaux des sexes et à l'attribution de nouveaux rôles aux femmes. Les hommes partis à la guerre, les femmes se sont massivement emparé de fonctions autrefois occupées par les hommes afin de subvenir aux besoins de la famille et d'assurer la survie de celle-ci. Ce glissement est somme tout assez classique dans une situation de conflit. Certains auteurs estiment que, si effectivement, ces guerres, comme a pu le faire leur participation à la Résistance pour certaines femmes occidentales pendant la Seconde Guerre mondiale, a accéléré l'émancipation de la femme turque, palestinienne, sri lankaise, tchétchène, etc., il faut se demander si le phénomène de « la » kamikaze ou de « la » martyre ne suggère pas une certaine manipulation masculine et patriarcale. Le culte de la mort peut-il réellement conduire à une quelconque libération de la femme? Certes, la plupart font ce choix délibérément. Mais en prenant cette décision, ne deviennent-elles pas tout simplement des armes, c'est-à-dire des objets aux mains des hommes qui dirigent les organisations terroristes? Cette idée ne semble cependant pas les décourager, pour peu qu'elles en soient conscientes.
    
Il est important de souligner que ces attaques se banalisent et surtout se généralisent à tous types de population. À présent, des épouses, et même des mères deviennent des bombes humaines. Ces actes sont d'autant plus difficiles à expliquer que certaines de ces femmes ne rentrent dans aucun profil lié au contexte social de ces femmes posent ces actes criminels. Les enfants, facilement modelables, sont également entraînés dans cette spirale de violence. À quand les femmes kamikazes enceintes?
     
Cependant, «nous ne pouvons nier que, dans toute situation conflictuelle violente, la place de la femme est constamment centrale [...]. La femme, la mère, sour et fille constituent un des ressorts psychologiques majeurs de la guerre prolongée [...].» (Géré, 2003 : 161. ) Aussi effarent que puisse nous paraître aujourd'hui la banalisation de ces femmes martyres ou kamikazes, il eût été étonnant que, même dans ce combat-là, les femmes ne finissent pas par se retrouver en première ligne.
     
La question n'est peut-être plus tellement de savoir pourquoi ces personnes posent de tels actes : la complexité des structures sociales et l'entrecroisement de solidarités diverses nous obligent à considérer chaque cas dans sa spécificité, comme un modèle unique, chaque engagement procèdant de sa propre logique. Je m'interrogerais plutôt sur la direction que peut prendre ce phénomène, ce qu'il risque d'engendrer, et comment il va évoluer.

 
 
Femme tchètchène
 
     
 

Références

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  • Fassihi, Farnaz (2002), « On Gaza Women explore new trend: female suicide bombers », Newhouse News Service, 14 juillet 2002.
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  • Larzillière, Pénélope (2003), « Tchétchénie : le Jihad territorialisé », Critique internationale, 20 juillet 2003, 151-164.
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  • www.al-khansa.org
 
     
     
   
 
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