Les Tigres Libérateurs de l'Eelam Tamoul (TLET)  
     
 

B) Les principaux acteurs et la structure des TLET

 
     
 

I. Les principaux acteurs des TLET

Velupillai Prabhakaran : chef suprême des TLET depuis leur constitution en 1976. On le désigne aussi comme étant le commandant-en-chef de cette organisation qu'il a lui-même fondée (Bell, 2004 ; Chalk, 1999 ; The Liberation Tigers of Tamil Eelam (L.T.T.E.), 1998). Prabhakaran n'aurait pas hésité dans le passé à éliminer toute forme de concurrence, qu'elle soit interne ou externe aux TLET. Peu d'informations sont disponibles à son sujet. Il est probable qu'il demeure très discret par crainte de se faire un jour localiser et arrêter par les autorités sri lankaises ou autres.

Manickavasagam Suresh : considéré comme étant le leader des TLET au Canada, prétextant agir sous l'égide du World Tamil Movement (WTM) au début des années 1990. Arrivé au pays en 1990, il a été arrêté par les autorités canadiennes en octobre 1995 en conformité avec la Loi sur l'immigration qui stipule que les membres d'organisations terroristes sont inadmissibles au Canada. Bien que les preuves présentées par les autorités aient convaincu le juge Max Teitelbaum, de la Cour fédérale du Canada, que Suresh devait être déporté le plus rapidement possible (cliquez ici pour voir le jugement en ligne), ce dernier a porté sa cause en appel et a réussi à faire renverser la décision. D'abord débouté en Cour d'appel fédérale en 2000, Suresh aura finalement gain de cause en 2002 devant la Cour suprême du Canada dans l'arrêt Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyenneté de l'Immigration). C'est ainsi qu'en 2004, Manickavasagam Suresh vivait toujours à Toronto en liberté surveillée.

Thalayasingam Sivakumar, alias « major Anton » : membre des TLET depuis 1978 qui est devenu l'un des principaux conseillers de Prabhakaran avec le temps. Son histoire débute à l'époque où il était étudiant à l'Université de Jaffna. Il était alors trésorier du Sangam, une organisation culturelle tamoule, et il était éditeur du Unnarvu, un journal pro-TLET. Ses activité ont rapidement attiré l'attention de l'armée et il réalise que sa tête est mise à prix pour 50 000 roupies. Il quitte alors le Sri Lanka pour se réfugier en Inde. En 1983, Sivakumar est chargé d'assurer la liaison entre les TLET et une division des services secrets indiens nommée RAW (Research and Analysis Wing). En 1985, il représente les TLET dans des pourparlers de paix initiés par le gouvernement indien avant d'accéder au poste de chef du service de renseignement et de planification des Tigres tamouls en 1987. Puis, lorsque les Tigres doivent affronter l'armée indienne en 1987 et 1988, Prabhakaran le nomme commandant en chef de l'offensive des TLET. Cependant, Sivakumar réalise rapidement qu'une guerre contre l'Inde n'est pas souhaitable pour son organisation et il se met rapidement à prôner une stratégie de négociation. Les pourparlers qu'il entreprend avec le RAW échouent rapidement, entraînant la reprise des hostilités. Sivakumar s'oppose à toute attaque visant des cibles non militaire et il sera par la suite amené à critiquer avec beaucoup de véhémence le chef des TLET pour son inflexibilité et son manque de vision idéologique. C'est ainsi que vers la fin de l'année 1988 ou le début de l'année 1989, il est banni des Tigres.

Sivakumar arrive au Canada en juin 1989 et demande le statut de réfugié. À cette époque, il était pratiquement placé au sommet de la liste des membres des TLET que possédait la GRC. C'est ainsi que les services secrets canadiens l'ont contacté et lui auraient fait comprendre que sa demande de statut de réfugié aurait peu de chance d'être acceptée s'il ne collaborait pas avec les autorités canadiennes. Sivakumar aurait alors accepté de parler de ses activités passées et il aurait rencontré régulièrement des agents du SCRS à partir de ce moment. En 1990, les agents du SCRS le convainquent de travailler en tant qu'informateur pour eux. Sivakumar doit ainsi infiltrer les Tigres tamouls au Canada en échange d'argent et de promesses qu'il ne sera pas renvoyé au Sri Lanka. Les informations qu'il fournit permettent au SCRS d'intercepter une disquette destinée à Prabhakaran sur laquelle sont consignés des renseignements cruciaux. Du même coup, l'agence de renseignement « brûle » son espion, les TLET comprenant que Sivakumar doit être celui qui travaille pour la police. Entre-temps, le gouvernement rejette sa demande de réfugié et engage des procédures de déportation contre lui. De son côté, Sivakumar intente une poursuite contre le gouvernement qui aurait, selon lui, manqué à sa parole. Aux dernières nouvelles, il était toujours au Canada, mais son statut est incertain ici. Sivakumar aurait révélé au SCRS des détails concernant les collectes de fonds des TLET à l'étranger, incluant le nom des personnes qui contrôlent ces fonds. Il aurait également révélé où allait l'argent ramassée par les Tigres ainsi que le nom de ceux qui achetaient des armes pour eux. Il aurait même décrit comment se déroulent ces transactions. Bell (2004 : 72-75) se questionne sur l'utilité que le SCRS a trouvé à ces précieux renseignements.

Kumaravelu Vignarajah : traducteur tamoul que la GRC a engagé dans les années 1990 afin de traiter les dossiers d'enquête sur les contrebandiers d'immigrants tamouls, les faussaires de documents et les membres des TLET qui entraient au Canada avec des faux antécédents et une fausse identité. Un informateur a reconnu Vignarajah comme étant un membre haut placé des Tigres tamouls et l'a ainsi dénoncé à la GRC. Bref, il s'agissait en fait d'un espion qui avait réussi à infiltrer la GRC pour le compte des TLET (Bell, 2004, p. 71). Les informations manquent à savoir ce que Vignarajah est devenu par la suite.

Niranjan Claude Fabian : Un des hauts dirigeants du VTT, un gang tamoul pro-TLET présent au Canada. Anciennement un assassin des TLET, il se serait joint au VTT en 1990, soit peu de temps après son arrivée au Canada. En 2005, il était détenu au Canada depuis 1998 après avoir été reconnu coupable d'avoir commis des crimes pour le compte du VTT. Il prétend être un homme changé depuis le début de son incarcération suite à la lecture de la Bible et grâce au Saint-Esprit. Il attend actuellement (en 2005) en prison de savoir s'il sera déporté ou non vers le Sri Lanka par les autorités canadiennes (Bell, 2004, p. 92 ; Bell, 2005).

Loganathan Sabanayagam : fabricant de faux-passeports qui vit au Canada. Il serait un leader des Tigres tamouls au Canada (Bell, 2004, p. 72).

Tharmalingam Shanmugham, alias Kumaran Pathmanathan : couramment appelé « KP », il dirige le réseau d'acquisition d'armes des TLET, ce qui en fait l'adjoint de Prabhakaran. Pathmanathan serait le deuxième homme le plus recherché au Sri Lanka, le gouvernement offrant une récompense de 500 000 USD afin de pouvoir le capturer. Il serait en possession de plus de vingt passeports établis à son nom, se faisant couramment passer pour un Tamoul de classe moyenne. Sa fonction au sein des TLET l'amène à voyager fréquemment (Chalk, 1999).

V. Manoharan : dirigeant du secrétariat international, une section du comité directeur central des TLET. Le secrétariat international est essentiellement chargé de veiller au bon fonctionnement du réseau international des TLET. Plus particulièrement, V. Manoharan s'occupe des activités de publicité et de propagande des TLET. Ainsi, sa principale mission consiste à amener les politiciens du monde entier à appuyer la cause des Tamouls. De ce fait, on peut dire de V. Manoharan qu'il est le chef international des TLET. Il a déjà été incarcéré en France pendant deux ans pour possession d'héroïne, alimentant les rumeurs selon lesquelles les TLET seraient impliqués dans le trafic de drogues (Chalk, 1999).

Lawrence Thilakar : travaillant essentiellement à Paris, Thilakar serait également en charge de la propagande des TLET. S'aidant de photos d'enfants tamouls tués par les bombardements du gouvernement sri lankais, il voyage à travers le monde en proclâmant partout sur son passage que les Tamouls du Sri Lanka sont victimes de discrimination et d'opression militaire dans le cadre du régime actuel sri lankais. Son discours l'amène à affirmer que les peuples tamouls et cinghalais ne pourront jamais coexister en paix au sein d'un même pays, justifiant ainsi la demande principale des TLET, c'est-à-dire la création de l'Eelam tamoul (Davis, 1996).

Shivarasan : un des lieutenants de Prabhakaran et membre de l'escouade du renseignement des TLET. Il était en charge de l'assassinat du premier ministre de l'Inde en 1991, complot qui a réussi. (Rajiv Gandhi Assassination (1996).

Ponniah Anandarajah : comptable en chef des TLET, il aurait vécu au Canada durant de nombreuses années (Bell, 2004 L: 64).

Pottu Amman : dirigeant du sous-groupe des Tigres noirs (Black Tigers ou parfois Shadow Squad). Les Tigres noirs sont une unité de commandos suicide des TLET (Chalk, 1999).

Dhanu : femme qui était membre des Tigres noirs. Lors d'un attentat suicide à la bombe, au mois de mai 1991, elle s'est sacrifiée pour enlever la vie à celui qui était en voie de reprendre le pouvoir en Inde : l'ancien premier ministre Rajiv Gandhi.

Soosai : dirigeant des Tigres de la mer (Sea Tigers), le sous-groupe amphibien des TLET (Chalk, 1999).

Shankar : dirigeant des Tigres de l'air (Air Tigers), le sous-groupe aéroporté des TLET (Chalk, 1999).

Balraj : dirigeant du régiment Charles Anthony, un groupe de combattants d'élite des TLET (Chalk, 1999).

Thamil Chevlam : co-dirigeant du bureau politique des TLET avec Anton Balasingham. Thamil Chevlam agit en tant que chef politique (Chalk, 1999).

Anton Balasingham : co-dirigeant du bureau politique des TLET avec Thamil Chevlam. Anton Balasingham agit en tant que conseiller politique et idéologue (Chalk, 1999).

Viswanathan Ruthirakumaran : dirigeant de fait des opérations des TLET aux États-Unis et avocat connu de New York. Il a coordonné la défense de Manickavasagam Suresh lors des poursuite auxquelles ce dernier faisait face au Canada récemment (Chalk, 1999).

Dharmakulaseelan : membre des TLET qui aurait joué un rôle de premier plan dans une campagne multinationale menée au début des années 90 afin de financer les activités de son groupe. À l'époque, il avait réussi à acheminer vers les Philippines des sommes d'argent recueilli en Amérique du Nord. Ces sommes auraient servi à acheter des armes et des munitions auprès de trafiquants d'armes de l'Asie du Sud-Est (Chalk, 1999). Depuis, il semble s'être évanoui dans la nature. Du moins, peu d'informations sont disponibles à son sujet.

 
 

 

 
 

II. Structure des TLET

Un auteur qui décrit bien la structure internationale des TLET est certes Chalk (1999). Selon lui, l'autorité suprême des TLET est incarnée par Velupillai Prabhakaran, le commandant-en-chef et le fondateur de l'organisation. Sous son regard siège un comité directeur central, dont les membres demeurent inconnus, qui surveillent les activités des deux grandes ailes de l'organisation : l'aile militaire qui s'approche d'une armée traditionnelle et l'aile politique qui lui est subordonnée.

L'aile militaire peut être décomposée selon les différents sous-groupes constitutifs des Tigres tamouls, soit les Tigres noirs, les Tigres de la mer, les Tigres de l'air, le régiment de combattants d'élite Charles Anthony et un groupe d'agents de renseignement.

Les TLET possèdent également un secrétariat international dont il n'est pas clair s'il relève directement du comité directeur central ou s'il relève de l'aile politique de l'organisation, quoique cette distinction n'est pas cruciale en soi. Le secrétariat internatonal, dirigé par V. Manoharan, est spécialement dédié à veiller au bon fonctionnement du réseau international des TLET, bien qu'il y ait des dirigeants spécialisés qui veillent aux différentes sections de la structure.

Selon Chalk (1999) et Davis (1996), les activités externes des TLET peuvent être divisées en trois grandes catégories, soit : la publicité et la propagande, la collecte de fonds et l'acquisition et le transport d'armes. Bien que les sections agissent essentiellement de façon autonome, il est évident que leurs activités se chevauchent invariablement. La prochaine section se consacre d'ailleurs plus spécifiquement aux diverses activités des TLET.

Bell (2004, pages 90 et suivantes et 2005) rapporte que divers gangs sont affiliés aux TLET. Au Canada, le VVT serait le gang pro-TLET le plus puissant, environ 400 membres lui étant affiliés. VVT est en fait l'abbréviaton de Val-vedditurai, le lieu d'origine des TLET et de leur leader Prabhakaran. Le VVT constitue une forme de « police » pour les Tigres tamouls au Canada : ce serait eux qui s'assurent que les familles tamoules au Canada « contribuent » financièrement à la cause de l'Eelam tamoul. En ce sens, ils répriment avec beaucoup de violence toute dissenssion au sein de leur communauté. En plus de leurs activités d'intimidation et d'extorsion, le VVT serait impliqué dans diverses activités criminelles comme des cas de meurtres, des cambriolages, de la fraude, de la contrefaçon, etc.

Les filles seraient relativement nombreuses au sein des TLET et elles seraient spécialement recherchées en vue de commettre des attentats suicides. La perpétration d'un tel acte demande une dévotion totale à l'organisation et c'est pourquoi les Tigres tamouls exigent de ses nouveaux membres que tout lien soit coupé avec la famille. Puis, durant six mois, ils reçoivent une formation militaire et sont endoctrinés. Les plus zélés pourront faire partie des Tigres noirs, un sous-groupe spécifique de commandos suicide des TLET. Les membres en règle des Tigres tamouls portent tous une ampoule de cyanure attachée autour du cou : ils ont l'ordre de se suicider plutôt que de se rendre à l'ennemi.

En date du 05 avril 2005, l'UNICEF déplorait que que plus de 100 enfants (âgés de moins de 18 ans) avaient été recrutés par les TLET pour en faire des soldats depuis le tsunami du 26 décembre 2004.

 
     
 
 
 
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